Comment mettre en place un projet de compensation carbone volontaire en évitant le greenwashing ?
Compensation des émissions

Comment mettre en place un projet de compensation carbone volontaire en évitant le greenwashing ?

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La compensation carbone volontaire a parfois mauvaise presse, victime des pratiques douteuses d’entreprises dont l’engagement écologique est une coquille vide servant seulement leur image de marque. Flou juridique autour des crédits carbone, double comptage des émissions, manque de transparence et de suivi des projets, démarche isolée, les raisons qui poussent à jeter l’anathème sur les structures et à les accuser de greenwashing ne manquent malheureusement pas. Cependant, les actions sincères de compensation carbone n’ont pas à être freinées par peur d’un prétendu écoblanchiment. Capitaine Carbone vous propose donc plusieurs solutions pour remédier à chacun des problèmes mentionnés ci-dessus et mettre en place un projet irréprochable.

Démarche qui se doit d’être rigoureuse pour porter ses fruits, la compensation carbone volontaire s’inscrit dans une politique globale de RSE. Elle représente la fin du cycle tripartite de contribution à la neutralité carbone : évaluer, réduire, compenser. L’imaginer en tant que levier solitaire contrevient ainsi à son rôle premier. Comment éviter les accusations de greenwashing lorsque l’on porte un projet de compensation carbone volontaire ? Sur le papier la réponse est simple. . L’entreprise doit mettre en place un projet irréprochable et transparent, qui obtient des résultats vérifiables et quantifiables. Pour mener cette ambition jusqu’à son terme, plusieurs pièges restent à éviter. 

Qu’est-ce que le greenwashing ?

Éviter le greenwashing consiste premièrement à comprendre ce qui se cache derrière ce terme. Car comment éviter de le pratiquer si l’on ne sait pas ce qui le définit ? Le greenwashing ou « écoblanchiment » en français est ainsi compris comme une fausse promesse d’engagement environnemental et climatique. Le terme traduit un décalage entre les déclarations faites par les entreprises et leurs actions réelles. En ce qui a trait directement à la compensation carbone, cette confusion peut prendre la forme de l’expression « neutre en carbone » sur certains produits, considérée comme exagérée et donc trompeuse. Pour prévenir ces abus et le potentiel greenwashing de certaines compagnies, le gouvernement français a très récemment adopté un décret d’application de la Loi Climat et Résilience. À partir du 1er janvier 2023, les marques devront alors justifier d’un bilan carbone et d’éventuelles mesures de compensation pour pouvoir vanter la neutralité carbone de leur produit dans la publicité1. Un QR code ou un lien renvoyant vers un site qui détaille les initiatives de réduction et de compensation des annonceurs devra être présent sur l’emballage des produits. Seulement, selon certaines associations, l’objectif de transparence n’est de cette manière atteint qu’à moitié. En effet Lisa Faulet, responsable scientifique et alimentation de la CLCV(association de défense des consommateurs) explique que « ça ne suffit pas, il faut expliciter les mesures (de compensation) sur le même support et compléter la mention en expliquant que tout produit génère des gaz à effet de serre ». Ces précisions supplémentaires permettraient donc d’éviter l’amalgame entre neutralité carbone et activité qui n’émet pas de gaz à effet de serre. 

Au delà de ses lacunes, le contenu du décret d’application exemplifie parfaitement certains mauvais procédés qui pourraient conduire à assimiler une démarche de compensation carbone à de l’écoblanchiment. Le texte de loi précise ainsi dans son article 1er que l’entreprise qui désire apposer l’inscription « neutre en carbone » sur son produit devra justifier de sa démarche de réduction et de compensation à travers un rapport de synthèse. Dans l’une des annexes de ce rapport, la structure « démontre que le volume des émissions évitées ou réduites via cette compensation correspond aux émissions résiduelles de l’ensemble des produits ou services vendus et concernés par la publicité »2. Cet équilibre entre le CO2 émis et le CO2 capté représente l’un des premiers critères à valider pour réduire les chances d’accusations de greenwashing dans sa démarche de compensation carbone volontaire. 

Calculer efficacement ses émissions ( pour savoir quelle quantité de CO2 compenser)

Entreprendre un projet de compensation fiable et efficient passe premièrement par une comptabilisation entière et donc réaliste de ses rejets de gaz à effet de serre. Pour y parvenir, réaliser un bilan carbone incluant les trois scopes constitue une étape indispensable. La considération de l’ensemble de la chaîne de valeur d’une entreprise, notamment les postes d’émission placés en amont et en aval de l’activité (correspondant au scope 3) prévient toute forme de négligence. D’après la plateforme Ecovadis, qui accompagne les entreprises sur leur performance RSE, 70% des émissions de gaz à effet de serre des industriels et 80% des émissions dans le secteur des biens de consommation proviennent de la chaîne d’approvisionnement3, donc du scope 3. Faire fi de ces sources de rejets de dioxyde de carbone représente alors un non-sens, faussant l’entièreté de la démarche de contribution à la neutralité carbone et favorisant les accusations d’écoblanchiment. La désignation « neutre en carbone » d’un produit ne peut par exemple être validée sans ce critère de prise en compte globale, elle en est dépendante d’un point de vue légal. La norme officielle internationale ISO14021 reconnaît ainsi seulement la réduction et la compensation des « émissions de gaz à effet de serre […] correspondant à tous les stades du cycle de vie du produit et dans le cadre du système de produit spécifié »4. Les méthodologies les plus populaires prenant en compte l’entièreté des postes d’émission sont les suivantes : le Bilan Carbone, le GHG Protocol et l’ISO 14064. Pour plus d’informations sur le choix de son bilan carbone, consultez l’article Comment réaliser mon bilan carbone ? 

Établir un projet transparent …  

Le diable se cache souvent dans les détails, ou plutôt dans les omissions. Le meilleur moyen d’éprouver son projet de compensation consiste ainsi à d’une part rendre publiques toutes les informations essentielles qui attestent du bon déroulement de son initiative et d’autre part à faire labelliser cette dernière. Donner l’accès à l’ensemble des documents détaillant les méthodes de compensation et de vérification des émissions captées, l’engagement des partenaires choisis, la feuille de route et la planification de sa démarche reste le meilleur moyen de se prémunir de potentielles critiques. 

Labellisé …

Comme l’évoque le décret d’application de la loi relative à la compensation carbone et aux allégations de neutralité carbone dans la publicité, « Les réductions d’émissions reconnues dans le cadre du décret […] créant un label « Bas Carbone » sont réputées respecter l’article R. 229-102-1*. » Le choix de faire labelliser son projet représente donc une garantie supplémentaire et même essentielle. Plusieurs labels ont émergé ces dernières années pour encadrer et certifier les réductions et compensations d’émissions. Les plus populaires sont : le Gold Standard, le VCS ou Verified Carbon Standard ou encore le Label Bas Carbone. Ce dernier, développé par le Ministère de la Transition Écologique a fait intervenir de nombreux organismes dont l’ADEME. Devenir partenaire de ce label en mettant sur pieds un projet de séquestration ou de compensation garantit à l’entreprise la réduction effective de GES associée mais également une intégrité environnementale et la génération de nombreux co-bénéfices. 

Et Local

L’une des particularités du Label Bas Carbone réside dans le fait de prioriser les projets locaux, et ce pour plusieurs (bonnes) raisons. Premièrement, il apparaît comme cohérent de réduire les émissions de CO2 dans la zone géographique même où elles ont été rejetées. Deuxièmement, la proximité facilite la communication et le suivi entre les entreprises financeuses et le porteur de projet. Il est également plus facile et rapide de faire reconnaître et certifier des crédits carbone du point de vue de la législation française en privilégiant des initiatives à l’échelle nationale. En termes de greenwashing, beaucoup de projets portés à l’étranger, principalement de reforestation, sont pointés du doigt pour le non-respect de la population locale et la dégradation des écosystèmes5. En effet, la monoculture pratiquée et privilégiée dans ce type de contrat de compensation fait abstraction de la spécificité des sols. Les essences d’arbres sont choisies pour leur efficacité et leur rentabilité économique au détriment de leur adaptabilité au milieu. La résultante est un absence de biodiversité animale et végétale, créant un véritable « désert vert », nuisible également aux cultures voisines. Tout ceci étant dit, il n’est bien entendu pas impossible de soutenir un projet à l’étranger, éco-responsable et certifié grâce à un label international dont les critères correspondent aux exigences des normes françaises. Le localisme offre cependant des avantages non-négligeables. 

Éviter le double-comptage des crédits carbone 

Capter, séquestrer ou éviter des tonnes de gaz à effet de serre suppose de créer un système pour les comptabiliser. C’est le rôle du marché carbone volontaire qui convertit en crédits carbone les émissions de CO2impliquées dans des projets de compensation volontaire. Une tonne est ainsi équivalente à un crédit, unité et monnaie d’échange du marché. Contrairement au système d’échanges de quotas d’émissions européen, où les vendeurs et acheteurs sont tributaires des objectifs de réduction instaurés par le protocole de Kyoto, les entreprises qui s’impliquent volontairement dans des échanges d’émissions peuvent profiter des failles offertes par un manque de législation. Cette liberté du marché carbone volontaire s’exprime ainsi à travers la problématique du double-comptage, une situation qui peut prendre principalement deux formes. Soit un vendeur décide de vendre un même crédit à deux acheteurs, soit l’acheteur et le vendeur revendiquent un même crédit. Pour palier cette éventualité qui entravait notamment la création d’un marché du carbone international, la COP 26 a mis en place un principe d’ajustement, du moins entre les États. Celui-ci instaure une règle qui fait passer le crédit d’un pays à un autre en le soustrayant aux efforts de réduction du vendeur et en l’ajoutant aux efforts de réduction de l’acheteur. Un garde-fou nécessaire qui n’a cependant pas été appliqué aux entreprises sur le marché carbone volontaire. À l’heure actuelle, même si l’ONU compte faire vérifier les promesses de neutralité carbone des entreprises par un groupe d’experts, aucune mesure concrète et coercitive n’a été mise en place. Il existe cependant plusieurs moyens d’anticiper et d’éviter le double-comptage. La certification des crédits carbone est un. Cette mesure permet de quantifier, vérifier, enregistrer, attribuer puis retirer au bon moment une tonne de CO2 du marché. Des méthodologies comme le Carbon Disclosure Project ou l’initiative Science Based Targets existent également pour accompagner les structures durant chaque étape de leur plan de réduction et de compensation, s’assurant de l’efficacité de leur démarche. 

Mener à terme un projet de compensation carbone volontaire efficace suppose un engagement et des connaissances qui attestent d’une véritable volonté d’apporter sa contribution à la protection de la planète. Dans ce contexte, il appartient aux entreprises, et notamment aux TPE et PME, de promouvoir leurs propres gestes climatiques afin d’amorcer eux-mêmes un changement qu’ils espèrent voir naître. Lorsqu’une démarche est franche et justifiée, la taire représente une perte potentielle, tant d’un point de vue réputationnel que financier. Mettre en avant sa solution de compensation volontaire, qu’elle corresponde au financement d’un puits de carbone ou d’un projet d’agroforesterie, peut également créer une émulation, un véritable cercle vertueux qui poussera d’autres structures à franchir le pas et à s’engager. Les accusations d’écoblanchiment visant très largement les grands groupes, l’opportunité offerte aux petites structures de se faire le porte-voix d’un secteur privé conscient des enjeux climatiques est à saisir dès à présent. À travers la vigilance, l’implication, la transparence et la qualité qui constituent les maîtres-mots d’une démarche climatique et environnementale fructueuse, les TPE et PME pourront ainsi éloigner à coup sûr les accusations de greenwashing. 

Sources : 

Crédit photo : @boldist.co

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