Voltéo – Entretien avec une entreprise engagée
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Voltéo – Entretien avec une entreprise engagée

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L’aventure entrepreneuriale de Karine Fabre commence dès 2003 avec l’ouverture d’un premier magasin de batteries à Bordeaux. En 2010, Karine Fabre crée l'enseigne Voltéo aux côtés de son frère, et la développe sur l'ensemble du territoire français et au-delà. Aujourd'hui, le réseau Voltéo regroupe 29 magasins en France, aux Antilles et en Espagne. Voltéo est spécialisé dans le négoce et la vente de batteries et de piles et propose aussi un service de reconditionnement des batteries lithium. Tout en développant la vision stratégique et les nouveaux projets, Karine Fabre assure aussi la direction des services de Ressources Humaines, Finance, Juridique et RSE de son entreprise. Cet entretien avec Karine Fabre a été organisé dans le cadre de notre partenariat avec le Fonds E5t sur l'écriture d'un ouvrage mettant en valeur le leadership féminin dans l'écologie.

Bonjour Karine, tu co-diriges Voltéo, qui est un groupement d’enseignes de vente de batteries autonomes, mais pas que, est-ce que tu peux nous parler des activités de Voltéo ?

Bonjour Capitaine, alors chez Voltéo, notre cœur de métier, c’est le négoce et la vente de batteries et de piles. On aime bien dire qu’on vend de la petite pile bouton jusqu’à la batterie d’avion ou de bateau. En résumé, on est vraiment spécialistes de l’énergie portable. On s’adresse aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers. L’aventure a commencé en 2003, lorsque j’ai racheté un premier magasin à Bordeaux. Ensuite, j’en ai ouvert un deuxième dans la même ville. Mon frère m’a rejointe en 2006, et à partir de là, on a continué à développer l’activité : un troisième magasin à Bordeaux, puis une implantation à Toulouse, et ainsi de suite. La marque Voltéo, elle, a été créée en 2010. À ce moment-là, on a structuré un contrat de distribution qui permet à des entrepreneurs indépendants d’utiliser la marque. Aujourd’hui, on a 13 magasins en propre et le reste du réseau est constitué d’indépendants. Au total, cela représente 25 magasins en France et en outre-mer, et quatre en Espagne. À côté de cette activité de distribution, on a aussi développé toute une partie services. Par exemple, on fait du montage de batteries, y compris à domicile. Dès le début, on avait aussi un service de réparation de certaines batteries, notamment sur les anciennes technologies. On s’est ensuite posé la question du lithium. C’est une technologie très intéressante, mais aussi plus complexe et plus dangereuse à manipuler. Contrairement aux anciennes batteries que l’on pouvait traiter directement en magasin, le lithium demande des conditions beaucoup plus encadrées. On a donc commencé par tester cela en laboratoire pour voir si c’était faisable. Aujourd’hui, on fonctionne en mode atelier spécialisé. On avait envisagé de passer à une échelle industrielle, avec une vraie usine, mais les normes sont très exigeantes et le marché n’est peut-être pas encore totalement mature. Donc pour l’instant, on préfère rester sur ce modèle d’atelier, qui nous permet d’avancer prudemment tout en développant notre savoir-faire.
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De quelle manière Voltéo est une entreprise responsable et quels sont les projets en ce sens que vous menez actuellement ?

Chez Voltéo, notre contribution principale vient d’abord de notre cœur de métier : la réparation et la reconstitution de batteries. Par exemple, lorsqu’une batterie de vélo est considérée comme hors d’usage, ce n’est généralement pas toute la batterie qui est défectueuse. À l’intérieur, elle est composée de nombreux petits éléments, qu’on appelle des accus. Et souvent, c’est un peu la loi des 80-20 : environ 80 % des accus sont encore en bon état. En les réutilisant, on prolonge la durée de vie de la batterie. Cela permet d’éviter d’en produire une nouvelle et donc de limiter l’extraction de matières premières, notamment le lithium. C’est aujourd’hui l’une de nos contributions les plus concrètes. Mais notre démarche ne s’arrête pas là. En 2021, nous avons engagé une réflexion plus globale sur notre impact, qui a abouti à l’obtention d’une labellisation AFNOR ISO 26 000 au niveau confirmé en 2023. L’objectif était vraiment d’analyser toute notre chaîne de valeur. Quand nous avons réalisé notre bilan carbone, nous nous sommes rendu compte que plus de 90 % de nos émissions provenaient des produits que nous vendons. Cela nous a amenés à nous intéresser de près au cycle de vie des batteries et à entamer des discussions avec nos fournisseurs, notamment sur la part de matière recyclée dans leurs batteries. Il y a eu un sujet sur le volume d’emballages utilisés par l’un de nos fournisseurs pour nous les livrer aussi. Il a fallu prendre le temps d’expliquer notre démarche, car ce n’était pas forcément dans leurs pratiques. Et même si quelques palettes sont encore suremballées aujourd’hui, la discussion a été engagée et les choses évoluent. Plus globalement, notre démarche de responsabilité s’appuie sur un référentiel qui nous a permis d’analyser l’ensemble de nos pratiques : nos relations avec les fournisseurs, les clients, mais aussi notre fonctionnement interne.
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C’est toi qui porte les sujets RSE au sein de Voltéo, est-ce qu’il y a eu des freins en interne et comment les as-tu levés ?

Oui, c’est moi qui porte ces sujets, parce que c’est moi qui ai eu le déclic au départ. J’ai ensuite dû convaincre mon frère, puisque nous dirigeons l’entreprise tous les deux. Une fois que nous étions alignés, il a fallu embarquer le comité de direction et là, il y a eu quelques résistances. Au début, j’imaginais que la démarche irait assez vite. Je me disais qu’en un an, on pourrait être labellisés. Mais en réalité, cela a demandé plus de temps que prévu, tout simplement parce qu’il faut accompagner le changement en interne. En 2021, la RSE n’était pas encore un sujet aussi répandu qu’aujourd’hui. Beaucoup de personnes ne savaient même pas ce que cela recouvrait. La pédagogie a été essentielle. Les résistances venaient surtout du fait que la priorité restait naturellement le développement commercial et le chiffre d’affaires. Certains se demandaient quel pouvait être l’intérêt concret de la démarche ou ce que cela allait changer dans leur quotidien. Ce qui nous a aidés, c’est finalement l’intérêt de nos clients qui ont eux aussi commencé à évoluer. Ils nous demandaient où nous en étions sur ces sujets. À partir de là, les équipes ont vu que c’était devenu un vrai sujet sur le terrain. Ensuite, il y avait aussi une volonté très forte de ne pas faire de la RSE un sujet porté par une seule personne. Dès le départ, j’ai voulu que la RSE soit incarnée dans toute l’entreprise. Nous avons donc créé ce que nous appelons la “tribu RSE”. Il ne s’agit pas d’un responsable RSE unique, mais d’un groupe de personnes issues de différents métiers qui se sont impliqués sur la base du volontariat : les ressources humaines, la communication, les achats, l’informatique… Chacun porte ces sujets en plus de ses fonctions. De cette manière, on en parle naturellement dans chaque service et on intègre la RSE dans les décisions du quotidien. Ce fonctionnement est intéressant parce qu’il évite que ces sujets reposent sur une seule personne, qui peut parfois se retrouver à porter seule les critiques ou à pointer ce qui ne fonctionne pas. Là, chaque personne est légitime dans son domaine, parce qu’elle connaît son métier et peut identifier les axes d’amélioration dans son propre service. Aujourd’hui, cette dynamique est vraiment installée. Les équipes se sont approprié la démarche et elle fait désormais partie du fonctionnement de l’entreprise. On voit même que ces sujets deviennent un critère dans certaines relations commerciales ou dans les appels d’offres. Finalement, ce qui paraissait encore assez nouveau il y a quelques années est en train de devenir une norme.
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Est-ce que devenir une entreprise régénérative est une utopie ou une vraie piste à suivre, selon toi ?

Non, je ne pense pas que cette logique soit utopiste. Au contraire, c’est une piste à laquelle nous réfléchissons sérieusement. Mais le chemin reste complexe. Je parlais de la réparation des batteries lithium, aujourd’hui, nous travaillons encore à une échelle relativement modeste. Pourtant, j’y crois beaucoup parce que notre projet permet concrètement de prolonger la durée de vie des batteries et donc de limiter l’extraction de lithium. La difficulté, c’est que nous n’avons pas encore trouvé un marché suffisamment mature. Quand un consommateur achète un produit de seconde vie, il s’attend naturellement à ce qu’il soit moins cher que du neuf. C’est logique. Nous avions d’ailleurs réussi à proposer nos batteries environ 20 % moins cher que des produits neufs. Mais depuis quelques mois, nous faisons face à une arrivée massive de produits neufs chinois à des prix extrêmement bas. Résultat : aujourd’hui, nos batteries reconditionnées sont parfois plus chères qu’un produit neuf. Dans ces conditions, le choix du consommateur est vite fait. Si vous voyez une batterie de vélo neuve à 50 euros et qu’on vous propose une batterie reconditionnée à 70 euros, la plupart des gens vont choisir le produit neuf, même sans connaître la qualité réelle du produit. C’est humain. C’est aussi pour cela que nous avons mis en pause notre projet d’usine. Aujourd’hui, le marché n’est pas suffisamment structuré pour justifier un tel investissement. Et il y a également un contexte économique et politique assez incertain. On a le sentiment que beaucoup de décisions importantes sont en attente, notamment sur les sujets industriels et environnementaux. Dans le même temps, les produits importés à très bas prix continuent d’arriver massivement sur le marché. Ceci dit, je reste convaincue que ces modèles plus circulaires ou régénératifs sont indispensables à long terme. La vraie question n’est pas tant de savoir si l’idée est pertinente — je pense qu’elle l’est — mais plutôt de savoir si l’environnement économique et politique laissera l’opportunité de les développer. Il y a par exemple des pistes intéressantes qui ont été évoquées, comme la réduction de la TVA sur les produits reconditionnés à 5 %. Une mesure comme celle-ci créerait déjà un écart significatif de prix avec les produits neufs et rendrait ces solutions beaucoup plus attractives. Mais pour l’instant, ces projets restent bloqués.
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