Le Pass’Avel est un bateau de transport de passagers hybride à voile et à moteur électrique, unique en France. Ce bateau décarboné rejoint la flotte de la compagnie Le Passeur des Îles dans le golfe du Morbihan. Il assurera, dès le 4 juillet, la liaison quotidienne entre Port-Navalo et Locmariaquer pour toute la saison estivale. Capitaine Carbone a eu la chance d’être à bord pour sa traversée inaugurale le 15 juin dernier. On vous raconte cette expérience !
La compagnie Le Passeur des Îles a été créée en 2007, elle est aujourd’hui dirigée par trois associés : Jérôme Morverand, Ronan Le Borgne et Henry Louis. Avec leur flotte de 5 bateaux bleus turquoise, ils assurent les liaisons quotidiennes entre les îles du golfe du Morbihan.

Quand on monte à bord du Pass’Avel, on est d’abord frappé par l’espace très aéré, l’odeur du bois neuf. L’un des associés, Henry Louis, commence à raconter comment l’idée de construire un nouveau bateau écologique a germé dans leur esprit dès 2023 : « On ne voulait pas agrandir notre flotte, mais il se trouve que l’un de nos bateaux était devenu trop petit, qu’il était temps de le remplacer. On a donc décidé de se lancer dans la construction d’un bateau décarboné. »

Ils commencent à réfléchir à un bateau à hydrogène qui est la solution favorisée par l’État à ce moment-là. « Heureusement, on a vite abandonné l’idée de l’hydrogène, qui n’est aujourd’hui plus du tout dans l’air du temps, et on est partis sur la construction d’un bateau hybride, avec une propulsion vélique et électrique. On aurait pu confier la construction à un armateur de A à Z, mais on a décidé de faire travailler une douzaine de prestataires uniquement dans le Morbihan, et de faire aussi beaucoup de choses par nous-mêmes », poursuit Henry Louis.


Le Pass’Avel quitte Port-Navalo, le moteur électrique s’éteint et Jérôme Morverand, à la barre, sort la voile en quelques secondes ! Grâce à un système de rail et d’enrouleur, la voile prend très vite le relais pour la suite de la traversée. Henry Louis continue son récit : « Notre architecte, Loïs Leclerc, nous a proposé 5 esquisses avec différents systèmes pour la voile, on a finalement choisi le plus simple et le plus économique. »

Une navigation douce et sans bruit
Outre le fait que le Pass’Avel soit totalement décarboné puisqu’il ne consomme pas de carburant grâce à la voile et au relais du moteur électrique, il offre aussi une navigation très agréable pour les passagers. Pas de bruit de moteur, on n’entend que le bruit des vagues de la petite mer, pas d’odeur d’essence, on profite vraiment du cadre exceptionnel qu’offrent les îles du golfe.


Le bateau a donc été construit pendant 1 an et demi uniquement dans le Morbihan avec des matériaux locaux ou en circuit court, de la coque à la voile.

« La peinture utilisée pour peindre le bateau est sans biocide, elle n’est donc pas nocive pour l’environnement. C’est le seul produit qui vient de loin, parce qu’on n’en a trouvé qu’aux États-Unis. Mais on ne l’a pas fait venir en avion, ce sont nos amis de Grain de Sail qui ont chargé les pots de peinture et les ont ramenés ici dans leur bateau à voile », précise Jérôme Morverand. La démarche reste cohérente.

Les trois associés ont aussi fait le choix d’un petit bateau de 22 mètres qui peut prendre 58 passagers à bord et 2 marins. Encore une fois, la sobriété est le maître mot pour Henry Louis : « Comme c’est un bateau qui en remplace un autre, on savait déjà qu’on n’avait pas besoin d’un énorme bateau avec plein de passagers pour rentrer dans nos frais. C’est un investissement important mais bien calculé. Et surtout, un petit bateau comme celui-ci peut aller dans toutes les cales du golfe. »

De l’espace à l’intérieur, de la proximité avec le capitaine
Dans le Pass’Avel, les bancs sont uniquement installés sur les côtés, on circule facilement, et la cabine est accessible : « On voulait garder cet esprit familial, où les passagers peuvent venir discuter avec le capitaine, lui poser des questions. Et le fait de laisser beaucoup d’espace vide nous permet d’embarquer des vélos, ce qui se fait rarement sur des bateaux de passagers. »


C’est donc la première fois en France qu’un bateau de ce type est construit. Les associés du Passeur des Îles ne cachent pas que les réglementations françaises n’ont pas été une mince affaire à gérer : « On a clairement essuyé les plâtres. Le projet a été retardé surtout par des problématiques administratives et de normes à respecter lorsqu’on transporte des passagers. On est un peu comme des taxis de la mer, on a beaucoup de taxes et de normes qui freinent énormément ce type de projet innovant. »

Déjà le retour à Port Navalo, malgré le peu de vent ce jour-là, le moteur électrique n’a quasiment pas été utilisé. L’accueil est chaleureux sur le port, il est temps de baptiser le Pass’Avel et de faire la fête dans une ambiance typiquement bretonne !


