Reverdir la planète, mais pas n’importe comment !

Le 12 mars 2021 12 min. de lecture

Lorsque l’on gère une forêt par coupe rase, ou « futaie régulière », me souligne-t-il, on plante, on fait des éclaircies, on fait pousser… et une fois l’âge de récoltabilité atteint, on coupe tous les arbres et on recommence le cycle en repartant de zéro. Cela passe pour de la gestion durable du fait de la longueur des rotations, mais cela revient ni plus ni moins à faire de l'agriculture conventionnelle et à entretenir des « champs de bois » et non des forêts.

Entretien libre du 24 février 2021 avec Charles-Étienne DUPONT

Charles-Étienne Dupont est gestionnaire forestier professionnel agréé pour des clients privés et a comme mission de pérenniser et de prendre soin des forêts. Il tente d’intervenir soigneusement en respectant le climax, un état théorique dans lequel un sol ou une communauté végétale a atteint un état d’équilibre stable et durable avec les facteurs édaphiques et climatiques du milieu : l’équilibre parfait en quelque sorte. Il est aussi adepte de la contemplation dynamique et de l’observation attentive de son milieu. Enfin, Charles-Étienne intervient sur environ 1000 hectares de clients récurrents en suivant une stratégie basée sur la sylviculture à couvert continu, un procédé qui évite le stade de coupes rases. Cette technique respecte en revanche la régénération naturelle et la biodiversité tout en satisfaisant les besoins de l’Homme en matière de bois.

Lorsque l’on gère une forêt par coupe rase, ou « futaie régulière », me souligne-t-il, on plante, on fait des éclaircies, on fait pousser… et une fois l’âge de récoltabilité atteint, on coupe tous les arbres et on recommence le cycle en repartant de zéro. Cela passe pour de la gestion durable du fait de la longueur des rotations, mais cela revient ni plus ni moins à faire de l’agriculture conventionnelle et à entretenir des « champs de bois » et non des forêts.

À l’inverse, si on « injecte de la naturalité », on tend vers la futaie irrégulière qui elle, tient compte de la différence d’âge des arbres, de leur diamètre, de leur hauteur et de leur essence. On part d’une forêt naturelle et on s’interroge sur des solutions capables d’améliorer l’existant. C’est ici que l’on croise d’autres aspects souvent négligés ou non valorisés : l’assainissement de l’air, de l’eau, des sols, de la biodiversité et même la dimension paysagère qui reste essentielle pour un territoire, majestueuse à contempler. Le bois est également ressourçant en termes d’énergies. En Feng shui, l’élément bois est l’un des 5 éléments. Il est relié à la créativité, à la création, à la colère et à la parole. Il a besoin de communiquer pour évacuer les tensions et s’il ne peut pas le faire, il explose facilement de colère. Son énergie est celle de la croissance. À l’élément bois correspond le jaillissement : c’est l’énergie du printemps, le “Qi” du dragon. Le bois est symbole de croissance et d’énergie ascendante. Faites entrer chez vous l’énergie jaillissante du bois et vous donnerez de l’élan à tous vos projets ! Ajoutons à cela de façon anecdotique, mais en parfaite relation avec les bienfaits du bois, la création du premier Spa forestier d’Europe. Ce lieu surplombe la commune du Mont-Dore et propose à ses visiteurs des installations dédiées à des bains forestiers. Allongez-vous dedans, connectez-vous avec les arbres, avec le bois et son énergie et savourez le bruit du vent dans les feuilles ou encore les parfums saisonniers. Voilà tout un programme qui nous montre qu’une forêt, quand on apprend à l’aimer et qu’on la respecte, peut nous rendre l’écho et nous procurer un bien-être rare et précieux, surtout pour un citadin.

Tous ces aspects annexes de la forêt sont autant de services rendus par la nature que l’Humain n’a qu’à récolter en tendant la main. Véritable atout du tourisme vert, la beauté de nos forêts prédomine dans de nombreuses campagnes de promotion territoriales, comme l’a très bien démontré la « Marque Auvergne » dans son clip « Terre d’exception ». La construction de la forêt tend vers cet équilibre profitable à tous par la magie de la sylvogénèse, le cycle de l’évolution naturelle d’une forêt sauvage.

L’être humain a malheureusement un fort impact sur cet équilibre naturel et fragile. Son empressement à vouloir tout, tout de suite, en quantité et selon ses humeurs déstabilise cet écosystème complexe qui est loin d’être un distributeur automatique inépuisable. L’Humain pourrait même un jour étouffer cette nature pourtant généreuse au risque de lui couper l’herbe sous le pied, le comble, et briser définitivement son cycle de régénération. Que fera-t-on alors, ou plus précisément, que laissera-t-on aux générations futures à commencer par celles de nos enfants et petits-enfants ? Quand on pense qu’un réveil bienveillant en faveur de l’environnement, suivi d’actions immédiates et concrètes appliquées aujourd’hui ne résonneront totalement qu’au terme d’un siècle environ, il est de notre devoir moral d’agir vite, pas pour nous, mais pour les suivants. Durant cette période de transformation, la nature aura la capacité, tant bien que mal (en fonction du traitement que l’Humain lui aura accordé), à s’auto-régénérer, boostée par de bonnes actions ou jusqu’à son dernier souffle dans le cas contraire. Et après ? Cent ans, ça passe très vite à l’échelle des générations. Animé par son éternelle exigence et son impatience non moins légendaire, l’Humain devra inéluctablement se plier à la « révolution silencieuse », appelée aussi la « sonde lambda », qui n’est pas une danse brésilienne, mais une invention fondamentale pour la dépollution des gaz d’échappement de façon lente, une sorte de slow life qui émanerait du sol.

Charles-Étienne Dupont, gestionnaire forestier professionnel et agréé le dos à ce qu’il a baptisé l’Empereur !
@Marc Nevoux
« Mon horizon, c’est le siècle »

Des mots forts de Charles-Étienne qui résument fidèlement sa vision et nous rappellent ce qui donne un vrai sens à la vie : l’empreinte qu’on laissera aux générations futures. Tels des petits colibris, pour citer Pierre Rabhi (paysan, écrivain, penseur et pionnier de l’agriculture écologique en France) : « à chacun de faire sa part ! ». Alors soyons tous à notre façon des arbres vertueux à l’échelle individuelle, mais restons tous connectés, car si un arbre seul au milieu d’un pré ne donnera jamais plus que son ombre, c’est en réseau qu’il grandira, se renforcera, séquestrera pendant longtemps du carbone et apportera énormément à d’autres espèces vivantes que lui-même.

« L’arbre ne fait pas la forêt, il fait partie d’un tout et de son peuplement »

En s’inspirant de l’arbre, du bosquet et des bois, on peut s’inspirer et créer par mimétisme une relation vertueuse entre l’Humain et la Nature. Un nouvel art de vivre peut ainsi voir le jour, favorable à notre bien-être, aux relations humaines et à notre économie, tout en protégeant l’environnement sans qui nous ne sommes rien. Si l’arbre s’élève spontanément et physiquement vers la lumière pour grandir, l’Humain peut décider aujourd’hui de s’élever aussi vers elle, mais au sens philosophique : lumière = sagesse. L’un est né pour s’élever, l’autre à devenir élève à l’école de la vie. Deux destins croisés qui, unis intelligemment, peuvent cohabiter et se nourrir mutuellement dans une relation respectueuse et naturelle.

La forêt et la compensation carbone
Vision, attention et anticipation, trois réflexes naturels de Charles-Étienne Dupont.
@Marc Nevoux

Phase opérationnelle après le réveil des consciences : inspirer les plus grands et passer à l’action !

Charles-Étienne et ses associés – Pierre Gérard et Catherine Redelsperger – ont déjà sensibilisé de grands comptes du CAC40 et des grosses PME françaises (dont une grosse manufacture française de pneumatique) au sylvomimétisme, une méthode centrée sur les arbres et la forêt pour trouver des solutions inédites et impactantes en entreprise. Nous sommes en pleine transition depuis les chocs pétroliers des années 70 entre un ancien monde qui s’achève et un nouveau qui s’ouvre devant nous, me précise-t-il. Il faut désormais valoriser cette approche écosystémique et multifonctionnelle, car la forêt répond, ne l’oublions pas, à la production de bois, à la valorisation du paysage et, comme on l’a vu précédemment, à tout un ensemble de réactions en chaîne vertueuses.

Tout le monde semble d’accord sur ce point, mais comment comptabiliser tout cela ?

Sachez qu’une forêt ancienne – pas vieillissante, mais ancienne – a une capacité de séquestration de carbone dans le sol bien supérieure à une forêt neuve. Les jeunes pousses stockeront, certes, beaucoup de CO2 durant leurs toutes premières années grâce à la photosynthèse, mais n’auront jamais autant de portée que leurs parents qui, grâce à la nécromasse (bois qui pourrit au sol), nourrissent tout un écosystème complexe, flore et faune comprises. En mixant les expressions, on pourrait dire que l’arbre n’est finalement que le haut de l’iceberg, dont les racines, rappelons-le, occupent le même diamètre que sa surface hors sol. En favorisant le maintien de forêts anciennes, par le biais d’une stratégie à long terme ou en facilitant la transition de forêts plus récentes vers des fonctionnalités anciennes, on maximise significativement et de façon pérenne la captation du carbone.

Dans cette stratégie de regradation (par opposition à dégradation) de notre planète, la forêt est évidemment une solution pertinente, mais n’a qu’une capacité maximum de 11% de captation carbone. Il faut donc déjà miser sur d’autres leviers et là, tous les efforts sont bons à prendre pour prévenir et guérir en même temps : réduire les émissions, augmenter la capacité de stockage carbone, l’agroforesterie intraparcellaire, les haies, les forêts urbaines, les micro-algues et les océans bien sûr, les tourbières, les puits de carbone artificiels ou encore les nouveaux carburants verts, comme le e-Fuel de Porsche prévu pour 2022.

L’heure est donc à sanctuariser certaines forêts et à en convertir d’autres. Pour être pragmatique sur la structure des forêts privées d’aujourd’hui, il est temps de penser aussi à réduire le morcellement, me souligne Charles-Étienne. Il faut mutualiser chaque micro-parcelle et les réunir au sein d’un ensemble plus grand, dont la gestion peut être confiée à un groupement forestier. Lorsque l’on réunit trente personnes qui possèdent chacune un hectare, cela change la donne au point de leur permettre d’accéder à une économie d’échelle susceptible d’intéresser les acheteurs de bois. Au lieu de couper entièrement un hectare, faute de rentabilité, on ne coupe alors que 5 ou 10% de trente hectares pour éclaircir, par exemple, et les acheteurs seront preneurs.

La Forêt, un formidable puits de carbone qui a ses limites.
L’Homme et l’animal, tous deux admiratifs et médusés devant la beauté de la forêt…
@Marc Nevoux
« Après la convergence des consciences, place à la coordination de l’action ! » – Charles-Étienne Dupont

La compensation carbone volontaire dépend de notre capacité à nous coordonner !

Pour Charles-Étienne, il manque cruellement un lien entre ceux qui ont la volonté de compenser, qui portent des projets, mais ont malheureusement du mal à boucler les fins de mois et les acteurs-clés du réchauffement climatique qui eux drainent de l’argent ou encore certains propriétaires forestiers qui ne se retrouvent pas dans leur équilibre budgétaire. Comment les mettre en relation pour combler ce vide, créer des synergies et donner un sérieux élan à toutes ces bonnes volontés ? De nouvelles solutions émergent grâce à la Technologie.

La réussite d’une telle coordination, me précise Charles-Étienne, implique avant tout de convaincre des financiers pour aller chercher des fonds auprès de grands comptes et des institutions (collectivités publiques / ministères). Nous devons aussi référencer tous les acteurs capables d’apporter de l’eau au moulin, de l’opérateur au courtier, en passant par le consultant ou l’auditeur, jusqu’au petit planteur perdu dans sa campagne et qui aime son travail. Cela sous-entend aussi de traiter de l’image satellite et de l’analyser à l’aide de l’intelligence artificielle afin d’identifier les zones à reboiser avant de contacter tous les propriétaires terriens de ces parcelles. Le succès de la Compensation Carbone Volontaire (CCV) ne passera que par la mise en réseau des projets et des moyens, des plus humbles mais engagés, aux plus audacieux et significatifs. Devenons unis, complémentaires et connectés, comme chaque arbre avec les autres dans une forêt pour que nos actions aient du sens et un réel impact pour les générations à venir. « Mon horizon, c’est un siècle », mais ce siècle s’écrit dès aujourd’hui !

Le cimetière du site du Chastel à Saint-Floret (63) avec son ossuaire. À découvrir dans le Guide touristique 100 lieux pour les curieux – Puy-de-Dôme (Éditions Christine Bonneton)
@Marc Nevoux

Les cimetières verts : apportons un peu de vivant dans ce qui n’est plus pour nous rendre éternels !

Lieux sacrés, mais aussi pollués, les cimetières rejettent autant d’émissions de GES que d’émotions, c’est peu dire. Par ailleurs, l’entretien de certaines sépultures laisse parfois à désirer. Ce triste constat nous expose souvent à des dégradations esthétiques au fil du temps, alors que ces lieux mériteraient au contraire de faire l’objet d’attentions bienveillantes et particulières. Charles-Étienne a été sollicité localement, dans le Puy-de-Dôme, pour resacraliser et participer au verdissement de ces lieux de recueillement. Cette démarche est motivée non seulement par un souci de respect de l’être humain et la mémoire du temps (et du cœur), mais aussi celui de l’environnement qui pourrait grandement embellir ces lieux bien souvent laissés pour compte. Cette cohabitation prochaine et insolite, entre ce qui n’est plus en-dessous et ce qui naîtra au-dessus, nous chuchote habilement qu’après nous, la nature nous survivra toujours : une vision de la vie qui va bien au-delà de la nôtre, mais nous permettra de continuer d’exister à jamais aux yeux de générations futures.

Aux alentours du Puy-de-Dôme…
@Marc Nevoux

L’ia au secours de nos forêts et pourquoi pas demain la solution pour lutter contre l’avancement des déserts…

En France, grâce à l’intelligence artificielle, on est à l’aube de pouvoir repérer les zones prioritaires avec de la Data généreuse. Des outils de haute technologie seraient à l’étude pour géolocaliser les endroits où la pollution fait le plus de ravages, où le réchauffement climatique est le plus dévastateur et où l’on peut agir surtout, car bien entendu, un seul arbre au milieu du Sahara ne pourra être la forêt réparatrice tant espérée. Cela dit, même dans ces cadres hostiles que sont les déserts, et encore une fois grâce à l’intelligence artificielle, des initiatives spécifiques ont déjà été mises en place par des organisations pour lutter contre l’avancement du sable. À seulement deux heures du Caire, c’est par exemple une forêt entière qui est sortie de terre au beau milieu d’un paysage aride en 2016 : un miracle environnemental. Cette forêt de Sérapium est le fruit de recherches acharnées et d’un programme de reforestation lancé dans les années 90 par le gouvernement égyptien. En Chine, des millions de pins ont été plantés dans le district du Duolun, recouvrant au total 80 000 hectares, activité poursuivie épisodiquement chaque année. Selon les statistiques officielles, 31 % de ce district – situé au sud-est du désert de Gobi – sont désormais boisés. Par ailleurs, la Grande Muraille verte reverdit plus de 30 % du désert de Kubuqi, soit environ 600 000 hectares. Elle a fait naître, comme par enchantement et du jour au lendemain, des forêts, notamment dans une zone au nord-ouest de Pékin qui devrait accueillir les JO d’hiver de 2022, si d’ici là la Covid-19 nous le permet…

À propos du Sahara, des centaines de millions d’arbres ont été découverts grâce à l’ia. Des chercheurs sont en effet parvenus à dénombrer ce patrimoine boisé insolite encore non répertorié dans la région du Sahara. L’explication est que jusqu’ici, l’espacement entre chaque arbre était tel, que les analyses satellites ne parvenaient pas à interpréter ce qu’elles avaient pourtant sous les yeux : une forêt gigantesque en plein désert, rien que ça ! Un dixième du Sahara a ainsi été exploré à la loupe de l’ia et à la barbe d’anciens algorithmes, désormais dépassés par des technologies plus modernes.

Aujourd’hui, le monde est prêt à passer à l’action, me confirme Charles-Étienne, car nous avons la technologie pour sauver le monde ! Ce n’est pas un problème de capacité, ni de technique ni même opérationnel. Les besoins fondamentaux de la Pyramide de Maslow – les plus futiles et à courts termes – sont satisfaits depuis longtemps en faveur du petit confort et du divertissement de l’Humain. En gros, la stratégie politique a toujours été influencée par cette vision : « donnons-leur du pain et des jeux » (Panem et circenses – Juvénal, auteur des Satyres, vers 100-125)… et après nous, la fin du monde, pourrions-nous ajouter.

Malheureusement, et sans surprise, tout cela ne suffit plus et nous devons désormais aller à l’essentiel, à ce qui est vital pour la planète et l’Humanité. D’un point de vue idéologique, tout le monde est à peu près d’accord, mais comment fait-on pour passer à l’action ? Chaque colibri que nous sommes – à trier nos poubelles consciencieusement, à consommer Bio et en circuit-court et à faire construire nos maisons de façon écologique – ne pourra jamais s’atteler au problème du réchauffement climatique qui nous dépasse tous individuellement. Il nous faut une armée de colibris, des bataillons et une stratégie au sein d’une coordination efficace pour partir en guerre contre ce réchauffement climatique, quitte à jeter un froid avec tout ce vocabulaire militaire.

La quête de Charles-Étienne est de financer une bonne gestion des forêts avec l’approche complexe et à long terme de la sylviculture à couvert continu. L’honnêteté intellectuelle et l’intégrité de chaque acteur forestier doivent aujourd’hui être stimulées par quelque chose de plus vertueux que l’attrait du gain, désormais accentué par la recherche de fonds liés aux avantages de la compensation carbone. Nous devons tous, nous qui sommes quotidiennement immergés dans nos forêts, changer notre vision des choses et agir de façon plus efficiente et durable pour l’environnement. En outre, le fait de faire les choses bien et de manière vertueuse n’exclue pas que l’on puisse en vivre correctement demain…

Le Portugal, premier pays producteur de chêne-liège.
@Marc Nevoux
« Je suis intimement convaincu que le territoire est la clé de l’avenir ! »

Grâce à la prospective, le sol peut sauver le ciel !

Si demain les investisseurs terriens, et notamment les pays en voie de développement qui ont une puissance d’action phénoménale, me souligne Charles-Étienne, s’unissent au reste de la planète pour une même cause et « tirent la même charrette dans le même sens », alors tout deviendra possible, que ce soit repousser le désert ou lutter contre le réchauffement climatique. D’un autre côté, d’autres espaces demandent à être sanctuarisés et non déboisés pour replanter. Parmi ces zones, on peut citer celles qui tutoient des sites à vocation touristique, comme le Méandre de Queuille dans le département du Puy-de-Dôme. Il serait en effet délicat, et certainement inéthéstique, qu’un jour des parcelles boisées soient entièrement rasées dans ce secteur. L’utilisation d’innombrables machines à énergie fossile pour déraciner les arbres serait en plus nécessaire et regrettable. Mais si cela doit malheureusement arriver un jour, il faudra aussi respecter le point de vue de chacun. Jusqu’ici, la dimension paysagère et emblématique de ce patrimoine naturel, racé, identitaire et vertueux par son ancienneté et sa biodiversité est préservé. Croisons les doigts pour que cela aussi soit durable…

Il est amusant, pour conclure avec légèreté ce sujet de compensation carbone volontaire vu d’une branche, de rappeler l’incontournable question des enfants quand ils commencent à s’interroger sur comment on fait des bébés : « Mais comment il a fait papa pour mettre la p’tite graine dans le ventre de maman ? ». Mimétisme, mimétisme, quand tu nous tiens ! La compensation carbone volontaire, quant à elle, sera en revanche à appréhender sous l’angle : « Dites les gens, c’est quand que vous mettrez une p’tite graine dans votre tête au lieu de scier la branche sur laquelle vous êtes ? ». Soyons des arbres, en effet, c’est urgent !

Source d’information (et d’inspiration) : Charles-Étienne Dupont, Gestionnaire de forêts privées, conférencier et adepte d’une vision prospective de l’environnement.

Crédit photo couverture : Marc Nevoux

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