Comment intégrer la compensation carbone volontaire dans sa politique RSE ?
Compensation des émissions

Comment intégrer la compensation carbone volontaire dans sa politique RSE ?

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La responsabilité sociétale ou sociale d’une entreprise (RSE) désigne l’ensemble des initiatives prises par une entreprise pour avoir un impact social et environnemental positif dans notre société. Ces démarches volontaires intègrent les attentes de toutes les parties prenantes dans un objectif commun : le développement durable. En choisissant d’agir sur son environnement l’entreprise peut alors décider de compenser ses émissions de gaz à effet de serre. Mais alors comment allier démarche RSE et compensation carbone volontaire ? Capitaine Carbone vous répond.

Qu’est-ce qu’une politique RSE ?

La Commission européenne a défini la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) comme : « Un concept qui désigne l’intégration volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes ». En d’autres termes, une politique RSE représente l’ensemble des actions qu’une entreprise met en place afin de contribuer au développement durable. Cette démarche est fondée sur 3 piliers : Social, Environnement, Économique.

Domaines de la responsabilité sociétale des entreprises – © RSEpro

Le défi pour toutes les entreprises adoptant une politique RSE est d’atteindre l’équilibre des écosystèmes, la bonne gouvernance des organisations et l’équité sociale au sein des différentes parties prenantes (actionnaires, salariés, fournisseurs, clients…). Le concept de RSE se traduit par une attention aux aspects liés à l’Environnement, le Social et la Gouvernance (ESG). Ce triptyque est le fondement de la mesure de la performance RSE d’une entreprise dans le cadre de la norme ISO 26000.

Publiée en 2010, la norme ISO 26000 apporte les lignes directrices à suivre relatives au développement durable ainsi qu’à la responsabilité sociétale des entreprises.1 Reconnue par des centaines d’États, cette norme répond à sept questions centrales interdépendantes que l’on peut retrouver dans toute démarche RSE :

  • Contribution au développement local 
  • La gouvernance de l’organisation
  • Droit de l’Homme 
  • Relations et conditions de travail 
  • Environnement 
  • Bonne pratique des affaires
  • Protection du consommateur

PME et TPE nouveaux acteurs de la RSE ? 

Chaque entreprise, quels que soient sa taille, son statut ou son secteur d’activité, est en mesure d’instaurer une politique RSE. Historiquement, les grandes entreprises ont été les premières à mener des démarches RSE. Aujourd’hui, TPE-PME s’engagent elles aussi sur la voie de la RSE avec des politiques de mieux en mieux structurées.2

L’adoption de la RSE dans les PME-ETI est assez massive et récente. 90% des dirigeants de PME-ETI interrogés déclarent mener des actions. Parmi eux, 50% disent avoir une démarche RSE, et 25% avoir une démarche structurée autour d’un plan d’actions à moyen ou long-terme. »
bpifrance – Selon une étude réalisée sur 1 150 dirigeants de TPE, PME et ETI françaises en septembre 2021

De son côté, le gouvernement en coopération avec l’ADEME a lancé en juin 2020 le plan d’accélération de la transition écologique des TPE et PME. Une initiative qui a pour objectif d’inciter les plus petites structures à s’engager dans une démarche RSE.3

Quels sont les intérêts d’une politique RSE pour les petites entreprises ? 

Tout d’abord, la RSE est un levier de compétitivité car elle demande à l’entreprise d’anticiper les enjeux du développement durable de demain. Ce principe comprend d’appréhender les investissements liés à la raréfaction des ressources ou encore à celui du réchauffement climatique tout en trouvant des solutions de croissance pérenne. En 2011, le méta-analyste, Marc Orlitzky établissait un lien positif entre performance financière et RSE, preuve que politique RSE ne rime pas qu’avec dépenses inutiles. A la différence des plus grandes entreprises, les PME et TPE sont plus proches de leurs parties prenantes et intègrent plus facilement la problématique de développement local. Les impacts sur son environnement ainsi que les retours sur investissement sont donc plus visibles. Enfin, ces petites structure possèdent une plus grande capacité d’adaptation et de réaction face au changement leur conférant ainsi une plus grande marge de manœuvre.4

Politique RSE et Compensation carbone volontaire : le duo parfait pour atteindre la neutralité carbone ?

Lorsqu’une entreprise entame une démarche RSE plusieurs terrains d’actions s’offrent à elle. Parmi eux, celui de l’environnement. En collaboration avec ses parties prenantes, elle peut entamer des actions de type :  

  • Management environnemental, 
  • Développement d’écoproduits, 
  • Démarche d’amélioration énergétique ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre,
  • Prévention ou recyclage des déchets,
  • Engagement sur la préservation de la biodiversité.5

Toutes ces actions poursuivent un même objectif : maximiser les impacts positifs et minimiser les impacts négatifs. Lier RSE et compensation carbone volontaire prend alors tout son sens. En compensant ses émissions carbone l’entreprise sera à même d’influencer son environnement et son économie à plusieurs niveaux. Car oui, il existe deux manières différentes de compenser ses émissions. La compensation de ses émissions à l’intérieur de sa chaîne de valeur, c’est-à-dire intégrer le modèle écologique au modèle économique de l’entreprise (insetting) ou compenser plus « classiquement » à savoir financer des projets de compensation carbone sans réel lien avec son activité (offsetting). Ces deux options impliquent des impacts environnementaux, économiques et sociaux différents :

  • En décidant d’internaliser ses coûts de compensation, l’entreprise va maximiser son rendement économique (impact interne positif), tout en minorant l’externalité négative de ses émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). L’insetting est aussi un bon moyen de fidéliser et de motiver ses parties prenantes.
  • Si l’entreprise investit dans des projets de compensation carbone, cela minorera l’externalité négative des ses émissions carbone tout en créant une externalité positive par le développement local, social et économique des territoires et populations concernés par le projet.

Dans tous les cas, engager une politique RSE en déployant des actions de compensation carbone concrètes et efficaces permettra à l’entreprise de valoriser son image, et d’attirer de nouveaux clients/partenaires en prouvant par des actes qu’elle œuvre pour le bien commun.

Des projets pour compenser

Il existe d’innombrables façons de compenser ses émissions. Pour vous donner une idée concrète du champs des possibles, Capitaine Carbone a sélectionné quelques exemples de projets de compensation carbone s’intégrant dans des démarches RSE d’entreprises investies :  

Chine – Projet de biogaz

Pixabay / © zhangliams

Dans la province de Jialing considérée comme l’une des plus pauvres de Chine, un projet d’installation d’unité de biogaz a été mis en place. Ce projet est mené par le développeur  UPM Beijing en collaboration avec des acteurs locaux comme Chengdu Oasis et Sichuan Rural Energy Office. Il permet aujourd’hui de fournir à 1,76 million de famille 4 à 6 heures de biogaz par jour tout en œuvrant pour une agriculture durable. D’un point de vue environnemental, l’utilisation d’un biogaz permet l’économie de 5 kg de bois ou 8 kg de charbon par jour. Au total sur un an, c’est 3,5 téqCO2 économisées par réservoir. Avec 400 000 digesteurs à biogaz installés et prêt d’un million dans 5 ans, ce projet pourrait être l’un des plus grands programmes d’action de ce type économisant ainsi 3,5 MtéqCO2/an.

Ce projet est en mesure de s’aligner sur 4 des 17 Objectifs de Développement Durables (ODD) fixés par l’Organisation des Nations Unies en 2015 :

France – Projet de reboisement

Inauguration du projet de reboisement / © Olivier Gleizes

Pionnière en matière de neutralité carbone, La Poste participe à plusieurs projets de reforestation en France. Parmi eux, figure le projet de reboisement des domaines de Valcombe et d’Aigues Vives Les Captives à Générac dans le Gard. Mise en place en 2020, cette initiative menée en collaboration avec le Centre national de la propriété forestière (CNPF) permet de reboiser 21 hectares de forêt stockant plus de 680 tonnes de GES sur ces 30 prochaines années.6 Ce projet génère des crédits carbones labellisées bas-carbone.

Ainsi, le reboisement de ces différents domaines contribue à 3 ODD : 

France – Projet de reforestation de haies champêtres

Terres agricoles du GAEC T’air de Famille 

Basée à Lyon, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), 1er producteur français d’électricité d’origine 100 % renouvelable, finance volontairement un projet de compensation carbone. En coopération avec l’Association Drômoise d’Agroforesterie, la CNR a replanté 750 mètres de haies champêtre sur les terres du Groupement Agricole d’Exploitation en Commun « T’air de Famille ». Une initiative qui devrait capter 75t d’eqCO2 sur les 25 prochaines années.   Au-delà de capter des émissions des GES, ces actions auront des retombées socio-économiques pour le GAEC qui développe depuis 20 ans une production fruitière certifiée agriculture biologique.8

Phénomène global qui tire parti de sa dynamique contagieuse, la démarche RSE n’est plus seulement l’apanage des grandes entreprises. Les PME-TPE ont pris le train en marche et présentent de forts atouts qui font de ces acteurs de grands contributeurs du développement durable. De son côté, la compensation carbone volontaire s’intègre parfaitement dans une démarche de RSE. Bien au-delà de neutraliser des tonnes de CO2 équivalent, elle permet d’investir ou de monter des projets à fort impact social et environnemental. En tant que PME, financer ces projets revient donc à s’impliquer humainement dans la lutte contre le réchauffement climatique. 

Sources : 

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