La Blockchain est-elle utile sur le marché de la compensation carbone volontaire ?
Compensation des émissions

La Blockchain est-elle utile sur le marché de la compensation carbone volontaire ?

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Aujourd’hui considérées comme un fléau écologique, les technologies de la blockchain (et des cryptomonnaies) pourraient cependant contribuer à la neutralité carbone. Mais alors comment ? En établissant un système numérique transparent et neutre. Un système basé sur une gouvernance décentralisée qui permettrait aux entreprises de compenser leurs émissions plus efficacement. Se pose alors la problématique d’énergie consommée par toutes ces technologies. Dans ce cas, blockchain et neutralité carbone font-ils bon ménage ? Capitaine Carbone s’est penché sur la question à 1 million de bitcoins.

Comment fonctionnent la Blockchain et les cryptomonnaies ?

Avant de comprendre comment et pourquoi ces technologies impactent notre environnement, il faut s’intéresser à leur principe de fonctionnement. 

Le principe de la technologie blockchain

La blockchain est une base de données décentralisée et opensource. Elle est constituée de registres (blocs) reliés les uns aux autres formant ainsi une chaîne. Chaque registre est constitué de plusieurs transactions de nature variable (échange d’actif, vote, contrat numérique, etc.). Son fonctionnement repose sur les principes de cryptographie, de décentralisation et de consensus lui assurant ainsi une sécurité presque totale (données inaltérables).

©zdnet.fr

A quoi sert cette technologie ?

La blockchain répond à la problématique suivante : Comment échanger de la valeur en pair-à-pair de manière sécurisée ? Si internet est considéré comme une innovation technologique majeure dans notre façon de communiquer, cette dernière ne nous permet pas aujourd’hui d’échanger un élément de valeur sans passer par un tiers indépendant. C’est ce problème que résout la blockchain. Son fonctionnement décentralisé basé sur la vérification de transaction par des millions de calculateurs informatiques en fait une plateforme d’échange de valeur de confiance presque incorruptible.

Quel est son lien avec les cryptomonnaies ?

Unsplash – ©Shubham Dhage

La blockchain est une technologie pluridisciplinaire. Cependant, le principe des cryptomonnaies ou crypto-actifs est nécessairement lié au principe de blockchain. Pour qu’une monnaie subsiste il faut qu’elle puisse circuler. Chaque transaction de cryptomonnaie est donc notifiée dans un registre appartenant à une blockchain. Chaque crypto-actif possède sa blockchain avec son type d’algorithme de consensus. L’utilisation de la blockchain pour les cryptomonnaies a pour principaux objectifs de rendre indépendant les flux financiers (la blockchain n’appartient à personne) tout en sécurisant les transactions, ainsi qu’éviter l’usage d’un tiers de confiance traditionnel (les banques).

La technologie blockchain au service de la compensation carbone volontaire

De part sa nature opensource et son fonctionnement décentralisé, la technologie blockchain apporterait une transparence presque totale à ce qui pourrait être le marché carbone numérique de demain. Il serait géré par ses propres utilisateurs avec des règles pré-définies dans un « white-paper » à savoir un livre d’informations factuelles regroupant toutes les règles. C’est le principe de DAO : Decentralized Autonomous Organizations ou organisations autonomes décentralisées en français. L’autre aspect positif d’une telle technologie réside dans le fonctionnement même de la blockchain. Cela faciliterait la négociation ainsi que le suivi des crédits carbone du projet de compensation à l’entreprise qui les a achetés. Ainsi, aucune triche ou dérive ne sera possible car tous les flux seront centralisés et les données inaltérables.

Aujourd’hui, différentes initiatives menées en faveur de la compensation carbone volontaire ont lieu avec des cryptomonnaies. C’est le cas de la communauté Klima DAO. Leur objectif est de promouvoir des projets de compensation carbone en accélérant la croissance du prix attribué à une tonne de CO2. Les tonnes de Gaz à Effet de Serre (GES) sont transformés en actifs numériques, une opération qui s’effectue en deux temps :

  • Premièrement, les crédits carbones validés par le label indépendant Verra sont transformés en BCT (Base Carbon Tonne) par un « pont » nommé « Toucan Carbon Bridge ». Cet outil permet de relier la valeur réelle d’un crédit carbone à sa valeur virtuelle dans une blockchain (Polygon) ou figure Klima DAO.
  • Deuxièmement, cette valeur est convertie en Klima (la monnaie de Klima DAO). Pour gonfler artificiellement le prix de la tonne de COconvertie en actif numérique, le projet vise à stocker le maximum de BCT que possible dans sa trésorerie.

Pour faire court, plus Klima DAO peut internaliser, plus le prix réel des émissions de carbone sera élevé. En terme de résultat, plus de 9,1 millions de BCT sont présents dans la trésorerie de Klima DAO. Ce montant représente l’équivalent des émissions annuelles de la Géorgie, de la Jamaïque ou de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et presque autant que celles du Honduras ou du Cameroun.1

La blockchain pourrait avoir sa carte à jouer pour réguler un marché de la compensation carbone qui n’est pour l’instant soumise à aucune réglementation. Cependant sa réputation de technologie énergivore pourrait mettre en doute son utilité dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ces technologies liées à la blockchain sont-elles trop énergivores ?

Le principal reproche vis-à-vis de cette technologie réside dans sa consommation en énergie électrique. Il est vrai qu’une cryptomonnaie comme Bitcoin basée sur une blockchain Proof-of-Work (preuve de travail) nécessite un très grand besoin en énergie électrique. Plus le réseau comportera de bitcoins, plus les calculs deviendront complexes. Par conséquent, la demande d’ordinateurs capables de résoudre ces calculs augmentera. Selon le CNRS, en 2019, l’empreinte carbone du réseau Bitcoin était de 40 MtCO2eq.2 Sa consommation électrique en moyenne était de 60 TWh par an soit l’équivalent de la consommation annuelle de 10 réacteurs nucléaires.3 En 2021 sa consommation annuelle avoisinait les 120 TWh.4 De ce point de vue, il devient évident que marier crypto-actifs et neutralité carbone ne fait pas bon ménage. 

Des utilisations de la blockchain plus ou moins consommatrices d’énergie

Dans certains cas d’usages,  la technologie blockchain est effectivement très énergivore. Il est cependant insensé d’affirmer que le principe même de cette base de données virtuelle consomme beaucoup d’énergie.

« Dire que la blockchain consomme beaucoup d’énergie n’a pas de sens si l’on ne précise pas de laquelle il s’agit. »
Clément Jeanneau – Cofondateur de Blockchain Partner et du réseau Blockchain France

Il existe aujourd’hui d’innombrables utilisations de cette technologie comme il existe d’innombrables crypto-actifs basés sur d’innombrables algorithmes. Par exemple, la blockchain Tezos ne consommerait que 0,001 TWh soit 100 000 fois moins que le Bitcoin.5 Cette différence notable de consommation s’explique par le fonctionnement même de la blockchain sur laquelle est basée cette cryptomonnaie. L’algorithme de consensus Tezos utilise la méthode Proof-of-Stake (PoS) ou « preuve d’enjeu ». Au lieu d’opter pour une course au calcul, la blockchain de Tezos choisit aléatoirement un seul utilisateur pour compléter un bloc.

Il existe donc des solutions techniques efficaces pour alléger le coût énergétique de la blockchain, l’objectif est donc qu’elles se démocratisent pour devenir la norme.

Unsplash – ©Quantitatives.io

Blockchain et cryptomonnaies, l’avenir reste à écrire

Il est facile aujourd’hui de quantifier les aspects négatifs de la blockchain et des cryptomonnaies sur l’environnement. Concernant le marché de la compensation carbone volontaire, l’argument d’une plus grande transparence apportée par la blockchain est contrecarré par l’anonymat des contributeurs associés à des initiatives comme Klima. Pourtant, les spécialistes des cryptomonnaies s’intéressent au marché carbone en y voyant l’opportunité de rendre les projets de captation / séquestration / évitement de carbone plus rentables, et donc d’en lancer davantage.6 La blockchain reste une technologie immature, mais dirigée dans le bon sens elle pourrait se révéler un outil utile pour réguler ce marché de la compensation carbone, afin d’en tirer les meilleurs bénéfices pour la planète.

Sources :

Pour aller plus loin : L’âge du web décentralisé

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