Fondée en 1978, Rihet est une entreprise bretonne de BTP spécialisée dans l’électricité générale, la plomberie, le chauffage, la ventilation, la climatisation et les énergies renouvelables. En 2021, Simon Aillard et Adrien Caro reprennent les rênes de Rihet. Ils gardent l’ADN de cette entreprise familiale mais commencent à prendre en main le sujet de l’impact environnemental de leur activité. En 2025, ils se rapprochent de la Convention des entreprises pour le climat (CEC) et suivent le parcours, à l’issue duquel ils élaborent une feuille de route RSE à 10 ans. Rencontre avec Simon Aillard, qui nous explique la démarche vertueuse de Rihet.
Bonjour Simon, vous avez participé à la Convention des entreprises pour le climat (CEC) en 2025 avec Adrien Caro, que vous a apporté ce parcours dans la manière de diriger votre entreprise aujourd’hui ?
Bonjour Capitaine, ce parcours à la CEC nous a d’abord permis de prendre conscience des grands enjeux environnementaux et sociétaux auxquels nos entreprises vont être confrontées dans les années à venir. Cela nous a donné envie de nous mettre en mouvement, non pas de manière radicale, mais en engageant progressivement des actions concrètes qui peuvent en entraîner d’autres. Ce parcours nous a surtout amenés à construire notre feuille de route stratégique en intégrant des sujets extra-financiers à dix ans. C’est un exercice demandé dans la CEC, mais qui nous a poussés à élargir notre vision. Habituellement, une stratégie d’entreprise repose surtout sur des indicateurs économiques classiques : chiffre d’affaires, résultats, sécurité, formation. Là, nous avons intégré d’autres critères, plus sociétaux et environnementaux. Cette réflexion pose de nouvelles questions : comment mieux informer sur les enjeux liés à nos métiers et à l’énergie ? Comment proposer des solutions plus responsables dans nos offres ? Et parfois même, comment renoncer à certains marchés que nous ne jugeons pas cohérents avec nos engagements.
Au final, la CEC nous a apporté trois choses : une prise de conscience des enjeux, une nouvelle manière de penser notre projet d’entreprise, et une feuille de route ambitieuse mais pragmatique, construite dans le temps.
Vous avez sans doute commencé par faire un bilan carbone ? Qu’est-ce qui vous a étonné suite à cette étude ?
Nous avions déjà réalisé notre bilan carbone avant même de participer à la CEC. Comme beaucoup, nous pensions que notre principal enjeu serait la mobilité, car notre activité nécessite une flotte de véhicules assez importante : une quarantaine de véhicules d’intervention sur chantier, auxquels s’ajoutent une dizaine de véhicules de service.
Mais l’étude a révélé quelque chose d’assez surprenant pour nous : de très loin, le principal impact vient en réalité de l’usage des équipements que nous installons, notamment les chaudières. C’est ce qui pèse le plus dans notre bilan carbone, bien au-delà de la mobilité.
Nous avons pris conscience qu’au final, notre enjeu se situe dans notre cœur de métier : la manière dont nous conseillons nos clients et les solutions que nous proposons. L’objectif est donc d’encourager d’autres modes de consommation et d’autres types d’installations, plus vertueux. On va aussi être plus exigeants dans nos recommandations. Par exemple, il nous arrive de refuser de faire un devis pour un équipement de chauffage ou de climatisation si l’on estime qu’une maison n’est pas suffisamment isolée.

Justement, quelles sont les actions concrètes que vous souhaitez mettre en place sur cette feuille de route à 10 ans ?
La feuille de route reste assez macro, donc il faut parvenir à la traduire en actions opérationnelles. La première chose que nous avons faite, c’est de la partager avec un petit groupe de collaborateurs. Nous leur avons proposé de réfléchir à des idées plus opérationnelles, sur des sujets qui leur parlent et sur lesquels ils pensent que nos parties prenantes, internes comme externes, pourraient aussi s’engager.
Parmi les premières actions, il y a eu notre développement à l’est de Rennes. Nous avions déjà des sollicitations dans ce secteur, et l’opportunité s’est présentée, en parallèle de la CEC, de racheter une entreprise, Cap’climat, qui avait la même activité que nous sur ce secteur. Ce rachat nous a donné l’occasion de faire d’une pierre deux coups : réduire les temps de trajet des collaborateurs, donc la consommation de carburant, mais aussi gagner en réactivité auprès de nos clients. Nous travaillons aussi sur des actions très concrètes au quotidien. Par exemple, nous sommes en train de renforcer fortement nos systèmes de tri. Nous testons actuellement un tri beaucoup plus poussé sur le site de Cap’climat à Châteaubourg, avant de voir comment déployer ce modèle ailleurs.
Autre chantier : la réorganisation de notre dépôt historique à Bourg-des-Comptes. L’idée est de mieux valoriser les produits issus de retours de chantier, d’erreurs de commande ou de changements d’avis des clients. Avant, ils étaient stockés à part et finissaient parfois par être donnés ou évacués, ce qui revenait finalement à seulement déplacer le problème. Désormais, nous voulons les remettre en circulation chez nos clients, à des prix éventuellement plus attractifs, tout en conservant un niveau de garantie adapté.
Enfin, nous travaillons aussi sur l’évolution de nos offres : proposer, lorsque c’est possible, des variantes plus vertueuses dans nos devis, que ce soit sur le plan environnemental ou sociétal, par exemple en travaillant avec des structures comme des ESAT.
Et puis il y a aussi des décisions fortes. L’une des plus concrètes, c’est que nous avons tout simplement renoncé à installer des chaudières compatibles bio-fioul.
Le fait de proposer des services plus durables, de pousser à la réparation, etc. n’est-il pas en contradiction avec le développement économique de votre entreprise ?
La réparation plutôt que le remplacement, c’est en réalité une philosophie qui existe depuis longtemps chez nous. Historiquement, nous avons toujours eu un service de maintenance, surtout orienté vers les particuliers, et il s’est d’ailleurs beaucoup développé ces dernières années. Aujourd’hui, l’idée est plutôt d’élargir cette approche. Nous cherchons notamment à développer davantage la maintenance auprès des professionnels, ce que nous faisions encore assez peu jusqu’à présent. Après des travaux importants, il y a souvent un vrai besoin de maintenance préventive ou corrective, et c’est un axe que nous développons progressivement.
C’est effectivement un modèle économique un peu différent : il y a moins de fourniture, donc moins de volume, mais davantage de service. Cela implique aussi de former et de qualifier encore mieux nos techniciens. L’objectif n’est donc pas forcément d’aller chercher toujours plus de chiffre d’affaires, mais de proposer des interventions utiles et rentables, à la fois pour le client et pour l’entreprise.
Après, c’est vrai que refuser certains chantiers ou ne plus installer certains équipements peut donner cette impression de décisions contre-intuitives pour une entreprise. Mais pour nous, l’important est justement de ne pas raisonner uniquement en volume de chiffre d’affaires. Si on se limite à ça, on passe à côté de l’essentiel.
Avez-vous partagé cette feuille de route avec tous vos collaborateurs, au-delà du petit groupe que vous évoquiez ? Comment a-t-elle été perçue ?
Bonne question ! Nous avons bien sûr partagé tout cela avec l’ensemble des équipes. Les réactions ont été assez variées. Certains, très enthousiastes, nous ont fait des retours positifs. D’autres ne disent pas grand-chose : dans le lot, il y a probablement des personnes pour qui ces sujets paraissent encore un peu lointains, et d’autres qui n’ont pas forcément d’avis et qui suivront simplement le mouvement. Je ne saurais pas vraiment donner de proportions. Mais ce qui est certain, c’est qu’il y a déjà plusieurs collaborateurs motivés. Parmi eux, certains soutiennent l’initiative, et quelques-uns passent même à l’action. Ils ne sont pas encore très nombreux, mais ils existent, et c’est déjà très encourageant.
Et puis, par extension, cela peut aussi devenir un axe d’attractivité pour l’entreprise. Ce n’est pas notre objectif premier, d’autant que nos effectifs sont plutôt stables et que nous n’avons pas un besoin urgent de recruter. On le fait avant tout par conviction et par intérêt pour ces sujets. Mais il est probable que cet engagement donne envie, à l’avenir, à des personnes sensibles à ces valeurs de nous rejoindre.
Vous parliez de la reprise de Cap’Climat, qui a la même activité que Rihet, mais est-ce qu’il y a tout de même un lien avec cette dimension RSE ?
Oui, en partie. Lorsque nous avons repris l’entreprise Cap’Climat, nous avons conservé toute l’équipe, y compris l’ancien gérant. Aujourd’hui, nous nous appuyons beaucoup sur ses compétences pour accompagner la mise en œuvre de notre feuille de route. Son rôle est double : d’une part, contribuer activement au déploiement de cette stratégie, et d’autre part agir comme support technique auprès de nos équipes afin de les faire monter en compétences sur les chantiers.
Nous disposions déjà de solides compétences opérationnelles chez Rihet, mais l’ancien dirigeant de Cap’Climat apporte une expertise plus poussée, à la fois technique et théorique, avec une vision d’ensemble. C’est d’ailleurs l’un des grands atouts de ce rapprochement.
Est-ce que la logique régénérative est un concept qui vous parle ?
Oui, bien sûr, l’économie régénérative est d’ailleurs au cœur de la réflexion portée par la CEC. C’est une idée qui nous parle, mais qui reste encore très théorique pour nous. Dans nos métiers, nous consommons forcément beaucoup de ressources, donc il est assez difficile d’imaginer une activité totalement régénérative au sens strict. Là où nous voyons des pistes concrètes, c’est plutôt autour de nos bâtiments d’exploitation. L’idée serait de travailler sur ces lieux pour qu’ils puissent, à terme, apporter plus que ce qu’ils ne consomment : « renaturer » les sites, créer des espaces d’échange, d’information et d’expérimentation, où l’on pourrait aussi montrer concrètement certaines solutions.
Donc, de manière assez pragmatique, nous nous situons aujourd’hui davantage dans une logique d’entreprise contributive. L’approche pleinement régénérative nous paraît encore un peu utopique à l’échelle de notre activité, même si c’est une direction inspirante qui peut nourrir certaines initiatives.
Quelle place tient l’innovation sur votre feuille de route RSE ?
Nous ne sommes pas forcément dans une logique d’innovation pure, mais plutôt dans une posture d’influence et d’expérimentation. Notre métier se situe entre plusieurs acteurs, avec deux grandes typologies de clients : les particuliers et les professionnels.
Côté particuliers, nous intervenons majoritairement en rénovation. Cela fait déjà partie de l’ADN de l’entreprise. Quand nous travaillons en direct avec eux, nous pouvons leur suggérer certaines solutions innovantes plus vertueuses. Mais nous devons aussi rester prudents, notamment à cause des enjeux de garantie décennale : on ne peut pas expérimenter n’importe quoi.
Côté professionnels, nous travaillons souvent avec un maître d’œuvre qui définit le cahier des charges. Dans ce cas, notre rôle est plutôt de proposer des alternatives ou des pistes d’amélioration, d’inspirer et d’influencer les choix techniques, même si la décision finale ne nous appartient pas.
L’une des pistes qui nous intéresse aujourd’hui serait de devenir une sorte de terrain d’expérimentation pour nos partenaires, fabricants ou distributeurs. On pourrait tester certaines solutions techniques en conditions réelles, un peu comme des bêta-testeurs.
L’innovation peut aussi se situer dans les modèles et les pratiques. Par exemple, nous avons récemment relancé l’idée de mettre en place des boîtes consignées avec un distributeur de matériel électrique, pour éviter les cartons jetés après livraison. Ce sont de petites initiatives, mais qui peuvent faire évoluer les habitudes.
Globalement, notre message est simple : nous sommes ouverts à tester, expérimenter et coopérer avec nos partenaires pour essayer de nouvelles choses. Tout ne fonctionnera pas forcément, mais l’important est d’apprendre et d’avancer progressivement.
Rihet : https://www.rihet.com/
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