Telecoop – Entretien avec une entreprise engagée
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Telecoop – Entretien avec une entreprise engagée

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Chaque jour, des entreprises françaises s’impliquent activement dans la transition écologique. Des entrepreneurs engagés mènent diverses actions en faveur de la protection de la biodiversité, de la réduction de nos émissions de GES, tout défendant un mode de vie plus durable. En tant que média d’information, notre mission est aussi de vous partager ces initiatives vertueuses. Capitaine Carbone vous propose un entretien avec Marion Graeffly, directrice générale et cofondatrice de TeleCoop. À la tête du premier opérateur télécom d’intérêt général en France avec un modèle coopératif, elle défend une vision plus responsable et transparente du numérique. En cinq ans, TeleCoop a connu une belle trajectoire et prouve qu’une entreprise peut conjuguer innovation, utilité sociale et sobriété numérique.

Bonjour Marion, quel a été ton parcours professionnel et le cheminement qui t’ont menée à la création de TeleCoop ?

Bonjour Capitaine, à l’origine, je viens du monde de l’agroalimentaire : j’ai travaillé pendant sept ans dans de grandes entreprises, et tout particulièrement pour la marque M&M’s. À l’époque, j’étais très loin des questions de transition écologique, même si mon expérience en marketing et en e-commerce me sert beaucoup aujourd’hui dans le modèle économique de TeleCoop. Mon changement de trajectoire ne vient pas d’une simple prise de conscience, mais plutôt d’une profonde révolte face à l’inaction politique sur les enjeux écologiques et sociaux. Pour moi, ce sont des sujets qui relèvent de la responsabilité des politiques, qui doivent normalement avoir une vision à long terme, et là, on voit bien que ça fait un petit moment que ce n’est plus du tout le cas. Chez M&M’s, j’ai connu cette culture du long terme avec des décisions qui incluaient toutes les parties prenantes, une gestion stratégique dans laquelle on trouvait un vrai espace de liberté. Malgré tout, je ressentais un décalage entre mes valeurs et ce que je faisais au quotidien, c’est-à-dire : vendre des M&M’s. Cette réflexion a mûri, jusqu’à me pousser à revoir mes priorités. J’ai accepté de renoncer à un certain confort financier pour donner plus de sens à mon travail. Ce choix a nécessité une vraie déconstruction personnelle : comprendre ce dont j’avais réellement besoin, réduire mes dépenses et repenser ma manière de vivre. J’ai ensuite suivi le programme de transition de carrière Associé·e On Purpose, qui m’a permis de concrétiser ce virage, jusqu’à la création de TeleCoop : une entreprise coopérative qui prolonge cette volonté de mettre en cohérence mes convictions personnelles et mon projet professionnel.
Photo des témoignages

Comme tu l’as dit, tu viens plutôt du secteur de l’agroalimentaire, pourquoi se lancer dans une entreprise de télécommunications ?

J’ai abordé la question de façon très macro : je me suis demandé où se situaient les grands leviers d’action pour la transition écologique. En regardant le “bilan carbone” de la France, j’ai constaté que le numérique, pourtant omniprésent dans nos vies, restait un angle mort, avec très peu d’acteurs engagés sur ces enjeux. C’est comme ça que je me suis intéressée à ce secteur. En parallèle, j’ai découvert le modèle coopératif, avec sa logique de lucrativité limitée et de gouvernance démocratique. C’était une vraie révélation : une entreprise peut être un outil économique puissant tout en servant l’intérêt collectif ! Ces deux dimensions — le numérique et la coopération — se sont rencontrées naturellement. C’était le bon sujet, avec le bon modèle pour agir concrètement. Et puis, il y a eu la rencontre avec Pierre Paquot. On suivait le même programme de transition de carrière (Associé·e On Purpose), et on s’est vite rendu compte qu’on partageait la même vision. Cette convergence entre nos parcours, nos convictions et notre envie d’entreprendre autrement et ensemble nous a donc menés à la création de TeleCoop en 2020.
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Est-ce que tu peux nous expliquer ce que vous faites exactement et en quoi vous êtes engagés dans ce qu’on appelle la sobriété numérique ?

TeleCoop est un opérateur d’intérêt général. Concrètement, on propose des forfaits de téléphonie mobile pensés pour réduire l’impact environnemental du numérique — en aidant nos abonnés à diminuer leur consommation de données et, plus largement, leur temps d’écran. Mais notre engagement va au-delà du fait de proposer des forfaits. Nous refusons les pratiques commerciales classiques : pas de promotions, pas d’incitation à la consommation. Par exemple, nous ne vendons pas de téléphones avec nos forfaits. L’essentiel de l’empreinte écologique du numérique vient de la fabrication des appareils, donc notre priorité, c’est d’aider les gens à garder leur matériel le plus longtemps possible, à le réparer, à le maintenir en bon état. On agit ainsi contre l’obsolescence marketing, matérielle et logicielle. Enfin, on met un point d’honneur à offrir un service client humain et de proximité — sans IA, sans chatbot. On considère que le numérique a pris une place tellement importante dans nos vies qu’on ne peut pas laisser les gens livrés à eux-mêmes ; il est important d’accompagner les usages du numérique. Notre approche s’inscrit dans la sobriété numérique, mais pas dans le sens d’un ascétisme ou d’une contrainte, plutôt comme une manière de redonner au numérique sa juste place, utile, maîtrisée et bénéfique pour tous. L’idée étant de sortir de cette pente techno-solutionniste qu’est en train de prendre ce secteur.
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©_MARYLOU_MAURICIO

Vous prenez donc le contre-pied de ce que font les opérateurs mobiles actuellement. Est-ce que les personnes qui s’abonnent chez TeleCoop ont déjà une volonté affirmée de s’engager pour l’environnement, de réduire leur temps d’écran, etc. ou ce n’est pas forcément ce qui les attire en premier ?

Non, très honnêtement, je ne pense pas que les personnes qui s’abonnent chez TeleCoop soient uniquement des gens déjà très engagés pour l’environnement. Au départ, c’était sans doute plus le cas, mais aujourd’hui, nos offres sont compétitives et reposent sur le réseau d’Orange, le premier réseau mobile 4G en France. La qualité de service est donc excellente. Beaucoup de nos abonnés viennent d’abord pour un service fiable, simple et transparent : pas d’engagement, pas de petites lignes, pas de ventes forcées. Et surtout, un vrai service client, humain et accessible — ce qui est devenu rare. Bien sûr, notre démarche attire les publics sensibles aux enjeux écologiques et sociaux, mais elle parle à tout le monde, en réalité. On a tous envie d’un opérateur de confiance, qui ne cherche pas à maximiser le profit à tout prix. Chez TeleCoop, on prône une relation plus saine entre, non pas des « consommateurs », mais des « citoyens » et les services de télécoms. C’est vraiment la transparence qui attire nos abonnés, qui sont tout simplement des gens qui regardent de près ce qu’ils payent et à qui ils veulent donner leur argent.

Tu ne penses pas que c’est tout de même une forme d’engagement de faire attention à qui on donne son argent ?

Oui, bien sûr, c’est une forme d’engagement. Mais ce mot peut parfois exclure : on imagine tout de suite “la personne super militante”, alors qu’en réalité, tout le monde peut faire le choix d’un service plus cohérent et responsable. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il s’agit surtout d’une question de bon sens, et que notre démarche cherche à toucher le plus grand nombre.
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Tu parlais d’un dépouillement dans votre stratégie marketing, mais comment faites-vous chez TeleCoop pour vous « battre » contre ces mastodontes de la télécommunication ?

Déjà, je ne dirais pas qu’on se “bat” contre les grands opérateurs. Ce ne sont pas nos référentiels. Notre but n’est pas de faire mieux qu’eux, mais de faire autrement — en partant des besoins réels des citoyens. On veut vraiment faire bouger le secteur. Aujourd’hui, les opérateurs misent surtout sur la course à la technologie : 5G, IA, etc. Plutôt que de suivre cette fuite en avant technologique, on propose un contre-modèle fondé sur la sobriété, la transparence et l’intérêt collectif. Ce n’est pas juste une alternative : pour moi, c’est le bon modèle. Quand on change cette focale, on ne fait plus du marketing, on fait de l’innovation sociale. C’est ce qui nous distingue : on développe des solutions concrètes à des problèmes concrets, comme nos forfaits bloqués pour enfants et adolescents, pensés pour aider les parents à mieux encadrer l’usage du numérique. On investit peu dans la publicité : ce qui nous fait connaître, c’est la pertinence de nos idées et leur écho médiatique. Et au fond, notre plus grande victoire ce sera quand les autres opérateurs s’inspireront de nos initiatives. C’est comme ça qu’on fera avancer, collectivement, la transition du secteur.
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Vous êtes donc plutôt dans l’optique d’ouvrir la voie, notamment via une innovation sociale. Justement, j’aimerais que tu nous parles d’un projet innovant mais qui rappellera aussi quelques souvenirs à ceux qui ont connu une vie sans téléphone portable : vous êtes en train de faire renaître les cabines téléphoniques, c’est bien ça ?

Oui, tout à fait. L’idée de remettre au goût du jour les cabines téléphoniques est née d’un double constat : le premier ce sont d’abord les crises écologiques qui vont nous pousser à repenser nos usages du numérique puisque les ressources nécessaires à la fabrication des appareils deviennent rares, chères, surtout en ce moment où la géopolitique est particulièrement instable. À un moment, il faudra faire avec ce qu’on a, et mutualiser davantage les outils. L’autre constat : c’est la fracture numérique qui ne cesse de se creuser. En France, une personne sur cinq est encore concernée par cette fracture, par manque de compétences, de moyens ou de matériel. Les cabines permettent donc à des publics variés — enfants, adolescents, personnes sans domicile fixe — d’accéder à un service essentiel sans forcément posséder un smartphone. Les cabines TeleCoop sont en fait des lieux partagés d’accès au numérique installés dans des endroits stratégiques. Elles reprennent les codes visuels des anciennes cabines, parce que cela parle à tout le monde : tout le monde a un souvenir lié à une cabine téléphonique. Mais au-delà du clin d’œil nostalgique, il y a une vraie utilité. La preuve : nous avons déjà testé le concept à Strasbourg, où une cabine a enregistré plus de 200 appels en vingt jours, et nous poursuivons aujourd’hui les expérimentations dans la métropole de Lyon.
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Cabine telephonique telecoop violette

©_TELECOOP

Pour terminer cet entretien, est-ce que tu as envie de nous parler d’une actualité récente de TeleCoop ?

Oui, on vient justement de lancer notre dernière innovation : un forfait mobile dégressif. C’est une première dans le secteur des télécoms, du moins dans la manière dont on l’a imaginé. Pour 20 €, on dispose de 80 Go de données, mais la facture baisse automatiquement en fonction de la consommation réelle : moins de 20 Go consommés, c’est 18 € ; moins de 10 Go, 16 € ; et moins de 5 Go, seulement 14 €. Ce forfait est intéressant à plusieurs titres : il est très compétitif, puisqu’il repose sur le réseau d’Orange tout en garantissant un service client de proximité, et surtout, il incite à réduire sa consommation de données — donc aussi son temps d’écran. C’est une manière concrète de remettre le numérique à sa juste place, en prenant soin de soi et de ses usages. Et comme chez TeleCoop, on ne lance jamais un produit juste pour faire de la vente, on a accompagné ce forfait d’une campagne de financement participatif. L’objectif était d’atteindre les 600 premiers abonnés pour le rendre disponible à tout le monde — sans distinction entre anciens et nouveaux clients, parce que chez nous, tout le monde a accès aux mêmes offres. Ce cap est désormais franchi, et la prochaine étape sera d’atteindre les 1 000 abonnés, ce qui nous permettra de sensibiliser 1 000 jeunes à l’impact des écrans. C’est aussi ça, notre mission : conjuguer innovation et responsabilité sociale.
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Spécialiste reconnue des questions de mix énergétique, d’efficacité énergétique et de transition zéro carbone, Myriam Maestroni a occupé des fonctions de direction au sein de grandes entreprises du secteur de l’énergie, notamment chez Primagaz entre 2003 et 2011. Engagée de longue date sur les enjeux climatiques, sociétaux et économiques, elle fonde et dirige la société [...]