La compensation carbone, c’est quoi ?

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La compensation carbone repose sur le fait que l’impact d’une tonne de carbone émise quelque part dans le monde peut être neutralisé par une action de séquestration naturelle ou artificielle (stockage à long terme du CO2 hors de l’atmosphère : forêts, océans, sols). Concrètement, la compensation carbone consiste à financer un projet dont l’activité permettra d’éviter des émissions de GES. Ce projet sera financé via l’achat de crédits carbone. La compensation carbone se base sur le fait que les gaz à effet de serre ont des effets globaux sur le réchauffement planétaire, et non pas locaux. Donc une tonne de CO2 émise en un endroit peut être annulée par la soustraction d’une tonne de CO2 en un autre lieu, d’où la mise en œuvre de projets pouvant s’effectuer au bout du monde ou près de chez soi.Chaque tonne de GES évitée par un projet de compensation est exprimée en tonne d’équivalent CO2 : TéqCO2 (unité de mesure commune à tous les gaz à effet de serre). Chaque particulier, entreprise ou collectivité peut volontairement compenser tout ou une partie des émissions qui n’ont pas pu être réduites en achetant des « crédits carbone ». La compensation carbone est obligatoire pour les entreprises et peut être volontaire pour les particuliers.

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La Compensation Carbone Volontaire pour les particuliers

Elle repose sur trois valeurs :

– Consommez responsable pour votre propre santé et celle de l’environnement.
– Économisez de l’énergie au quotidien.
– Réduisez le gaspillage.


Consommer responsable, c’est quoi ?

C’est tout d’abord utiliser des cabas recyclables, car le plastique, ce n’est plus fantastique comme dans les années 90. On chiffre à cinq millions de tonnes la quantité d’emballages ménagers mis sur le marché français chaque année. Il nous revient donc à nous, simples consommateurs, d’être vigilants. Soit nous utilisons nos propres cabas (panier en osier, caddie, etc.), soit nous utilisons des contenants recyclables que l’on peut utiliser à volonté.

Privilégiez les emballages durables pour la santé de nos forêts
La forêt est un trésor aussi beau que fragile, mais elle est avant tout au cœur d’un écosystème jouant un équilibre essentiel sur Terre, notamment en capturant une grande quantité de co2 pour évoluer. Pourtant, c’est l’équivalent en surface de 85% de la forêt française qui disparait chaque année, soit environ le ¼ de la superficie française ou l’équivalent de la Belgique. Ce phénomène est engendré par des catastrophes naturelles, des maladies ou l’action de l’Homme, qu’elle soit d’origine meurtrière ou économique. Grâce au label Forest Stewardship Council (FSC), vous serez assuré de disposer d’un emballage durable. Il existe trois niveaux de ce label : le label FSC 100%, issu de forêts bien gérées, le label FSC Mixte, issu de sources responsables et le label FSC Recyclé, fabriqué à partir de matériaux recyclés.

Consommez des produits de saison et locaux pour rester en forme toute l’année !
Cette règle est particulièrement vertueuse pour l’environnement et l’Homme. En quelques décennies seulement, notre agriculture a profondément changé. L’élevage en plein air a cédé la place à des systèmes de stabulation où les animaux affaiblis sont gavés de produits chimiques, notamment avec des compléments alimentaires. Nos cultures de saison et nos techniques d’agroécologie, prônant la rotation des cultures par exemple, se sont inclinées face à l’agriculture intensive dopée d’engrais et de pesticides. Ensemble, individuellement, mais dans le même élan et le même esprit, nous pouvons faire machine arrière, en profitant des nouvelles technologies pour optimiser le rendement tout en respectant les cycles de la nature… et des saisons !

Il n’y a pas que la viande, il y a le poisson aussi, issu de pêche durable évidemment !
« On est foutu, on mange trop », disait le Papa Mambo d’Alain Souchon, mais on oublie aussi que le poisson est une alternative à la viande. Les poissons gras comme le saumon sont plus avantageux que la viande, car ils contiennent une grande quantité d’acides gras oméga-3. Ces derniers protègent le système cardiovasculaire et luttent contre l’excès de cholestérol. Retenez grossièrement que le plus gras des poissons restera bien plus sain que la viande la plus légère. Un consoguide a été développé dans le cadre du projet Fish Forward , financé par la Commission européenne, dont l’objectif principal est de montrer l’impact de la consommation et des importations des pays du Nord sur les pays du Sud.


Économisez votre l’énergie !

Pédaler, c’est bien plus sain qu’embrayer ! Pourquoi ne pas choisir une journée dans la semaine durant laquelle vous vous déplaceriez en vélo et laisseriez votre voiture au garage ? Cela vous semble impossible à faire pour plein de raisons ? Pas de soucis, ce jour-là, privilégiez les transports en commun, le covoiturage ou la marche à pied. Si votre voiture est vraiment indispensable, optez pour un carburant plus vert et ayez le pied léger sur l’accélérateur…

Chauffez-vous, mais Molo-Molo !
Une température trop élevée dans une maison n’est pas très saine, surtout la nuit. Baissez votre thermostat d’1°C, vous ne vous en rendrez même pas compte. Ne chauffez pas les pièces inutilisées et sollicitez des aides pour mieux isoler votre intérieur (crédit d’impôt, ANAH ou encore aide des régions).

Consommez moins d’électricité
Changez vos ampoules pour faire de grosses économies à long terme, remplacez votre vieux réfrigérateur ou congélateur en faveur d’un nouveau classé A++. Éteignez les appareils que vous n’utilisez pas et faites la chasse aux petites diodes rouges qui somnolent silencieusement sans être actionnées, surtout en cas d’absence de plusieurs jours.


Gaspiller, c’est pas bien !

Faites moins couler l’eau, car c’est une denrée rare et précieuse
Optimisez vos cycles de lavage machine, optez pour une douche plutôt qu’un bain, ne faites pas couler l’eau quand votre brosse à dents s’active dans votre bouche, refermez bien les robinets afin d’éviter le goutte à goutte et pour ceux qui ont un réservoir d’eau, utilisez-le au maximum en récupérant l’eau de pluie.

Chaque année, 10 millions de tonnes de denrées alimentaires sont jetées à la poubelle
Si la nourriture n’était pas aussi gâchée, la France émettrait 3 % de carbone en moins chaque année, estime une étude de l’Ademe. Évitez la surconsommation, les placards qui débordent, par angoisse des pénuries, le frigo où s’entassent des produits que vous n’allez redécouvrir que dans quelques semaines tellement il est plein et mal rangé. Organisez ce frigo en mettant en avant les produits qui doivent être consommés rapidement et sachez que bien souvent, il n’y a pas de danger à dépasser la date limite de DDM (date de durabilité minimale qui informe sur la date au-delà de laquelle la qualité organoleptique et nutritionnelle ne sont plus garanties). La date limite de consommation (DLC) est quant à elle à respecter pour consommer les produits sans danger.

Triez, réutilisez, compostez, Kaz la toujou penpan, s’écriait Zouk Machine dans Maldon
Il peut effectivement y avoir maldonne si l’on n’apprend pas ces gestes-là. Pour l’environnement, nous devons privilégier le tri de nos emballages. 3,2 millions de tonnes d’emballages recyclés en 2013 ont permis d’éviter l’émission de 2,1 tonnes de gaz à effet de serre selon une étude de la CDC Climat Recherche. Rien ne se crée, tout se transforme ! Pour faciliter le tri qui se fait après vous, jetez vos déchets dans une poubelle spécifique ou un biobac.

La compensation carbone pour les entreprises

Portée par un élan mondial pour lutter contre le réchauffement climatique, la sensibilité des citoyens et des entreprises à la compensation carbone connaît un nouvel essor. Le label « Bas-Carbone », créé en 2019 par le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire nous encourage encore plus à faire des efforts.

C’est dans ce contexte de réveil des consciences, ou de résilience, que l’ADEME présente cinq bonnes pratiques pour le développement d’une compensation carbone utile, sincère et fiable :

Règle n°1 : Faire et rendre public un bilan des émissions GES, réductions et compensations
Règle n°2 : Choisir des projets de compensation labellisés
Règle n°3 : Privilégier des projets présentant des approches « développement durable »
Règle n°4 : Définir une juste combinaison de projets soutenus sur le sol national et de projets soutenus à l’international
Règle n°5 : Communiquer de manière responsable

Si votre organisation n’est pas soumise à ces obligations, à vous de choisir la meilleure méthodologie de calcul pour évaluer vos émissions. Il peut toutefois être intéressant d’utiliser la méthodologie réglementaire, ne serait-ce que pour vous familiariser avec celle-ci au cas où, dans un futur proche, vous seriez soumis à cette réglementation.

Étape 1 – Calculez votre empreinte carbone

Il vous faut avant tout estimer la quantité de gaz à effet de serre que votre organisation émet chaque année et ce, poste par poste. Un bilan d’émissions de gaz à effet de serre, ou BEGES, est obligatoire depuis la loi Grenelle 2. Cette loi ENE (Engagement National pour l’Environnement) s’adresse aux entreprises de plus de 500 salariés en métropole et de plus de 250 salariés en outre-mer. Elle repose sur une méthodologie obligatoire de calculs d’émissions. Le BEGES doit être réactualisé tous les 3 ans pour les services de l’État et tous les 4 ans pour les entreprises.


Étape 2 – Réduisez votre empreinte carbone

Une fois que vous connaissez la quantité et l’origine des gaz à effet de serre qu’émet votre entreprise, mettez en place un plan d’actions pour réduire ces émissions. Il doit être élaboré selon les spécificités propres à votre entreprise et doit considérer leur impact et leur facilité de mise en œuvre.


Étape 3 – Compensez ce qui ne peut être évité

Vous avez beau réduire, certaines émissions restent incompressibles. Pas de soucis, l’heure est à compenser ! La compensation carbone consiste à financer, par l’achat de crédit carbone, un projet écologique dont la mise en œuvre permettra d’économiser des émissions de GES. Chaque tonne de CO2 évitée sur cet éco-projet correspond à un crédit carbone. La compensation carbone n’est pas une fin en soi, mais un plan B quand on ne parvient pas à atteindre la totale neutralité carbone. Elle ne se substitue donc pas aux efforts de réduction qui sont à la base des économies d’émissions.


Étape 4 – Communiquer sur la compensation carbone

Votre démarche de compensation carbone doit être prolongée d’un message afin de valoriser vos actions. Il doit promouvoir un nouvel état d’esprit plus vertueux pour l’environnement et rendre viral votre bon comportement pour motiver d’autres entreprises à suivre vos traces. Cette communication peut soutenir un projet de solidarité ou d’engagement de transition écologique sur votre territoire ou au bout du monde. Vous devrez en revanche détailler la nature du projet en toute transparence, projet qui bien entendu, n’aurait jamais vu le jour sans votre démarche de compensation carbone. Profitez-en pour impliquer vos salariés dans cet état d’esprit à travers des ateliers d’information et de sensibilisation aux défis des changements climatiques, car ce combat est l’affaire de tous, à tous les niveaux.


Notez que la compensation carbone doit répondre à des règles strictes :

Sa mesurabilité : les émissions de GES évitées doivent être comptabilisées sur la base d’une méthodologie reconnue et approuvée par un tiers indépendant.

Sa vérifiabilité : un auditeur indépendant vérifiera annuellement les économies de GES réalisée sur votre projet.

Sa permanence : les émissions de GES doivent être évitées pendant au moins 7 ans.

Son additionnalité : le projet doit permettre d’éviter des émissions de GES par rapport à une situation de référence. Le porteur du projet doit également prouver que sans le revenu issu de la vente des crédits carbone, son projet n’aurait pas pu être mis en œuvre.

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Les acteurs de la compensation carbone

Quels projets pour compenser mes émissions ?

Ils peuvent être de différentes ampleurs et déployés près de chez vous ou partout ailleurs dans le monde. Selon leurs caractéristiques, la diversité des prix des crédits carbone s’échelonnera entre 5 € et 50 € la tonne de CO2. Le prix exact dépendra du type de projet, de sa taille, de sa localisation, de sa méthodologie d’implémentation, ainsi que de l’offre et la demande.

Avec la prédominance historique du mécanisme de compensation MDP (Mécanisme de Développement Propre), beaucoup de projets sont menés dans les pays en développement ou avec une économie émergente. Les projets de compensation dans ces pays en développement concernent l’énergie : remplacement de combustibles fossiles, amélioration de l’efficacité énergétique, développement d’énergies renouvelables, etc. La foresterie est également mise en avant dans ces projets.

Les acteurs de la compensation carbone

La filière de la compensation carbone met en scène plusieurs acteurs. Les consultants, les auditeurs et les labels sont les pièces maîtresses de la chaîne carbone. Sans projet, pas d’acteur, il faut donc des porteurs de projets qui auront peut-être besoin aussi de développeurs de projets. La transparence de tous projets autorise chaque entreprise, particulier, collectivité, ou plus globalement tout acheteur final, à demander en toute liberté l’origine et la traçabilité de sa compensation carbone. C’est ainsi qu’on peut réellement mesurer l’impact d’une démarche et lui donner un sens…

Crédit photo couverture : @sasint – pixabay.com