Objectif “Neutralité carbone” en France : ce n’est pas gagné !

Avec optimisme, énergie et enthousiasme, la représentante de la fondation E5T nous rappelle que « L’imagination est l’amie de l’avenir ». Et pour cause, elle croit en un chemin possible pour reconstruire un monde neutre en carbone. Et il va nous en falloir une bonne dose d'imagination pour rattraper nos retards...

Désillusion totale et inattendue le 18 Mars 2021. À l’heure où nous voudrions déjà habiter sur Mars, nous n’arrivons toujours pas à comprendre comment fonctionne notre propre Planète. Ce n’est pourtant pas faute d’informations, de formations, de récompenses, de sanctions ni de motivation. Peut-on espérer qu’un jour l’homme parvienne à voir enfin l’ampleur catastrophique de son impact sur l’environnement qui mature sous ses pieds, juste au-dessus de sa tête et qui est prête à jaillir ou à exploser ? Il serait temps, en effet, car il ne lui aura fallu que 77 jours en 2021 pour dépasser son autorisation de découvert d’émissions carbone relative à une année entière. Nous sommes plutôt mal engagés pour respecter les promesses prises pour 2050, au point que des experts ont déjà repoussé cette échéance à 2084. 

400.000 tankers sillonnent nos océans et émettent l’équivalent de 35.500 kilos de Co2 par seconde.
@scholty1970 – pixabay.com

Une année entière compressée en 77 jours : avec un peu de mauvaise volonté, c’est jouable !

Pour la Terre et les océans le compteur tourne et le climat s’embrase lentement, mais sûrement. En découvrant l’étude du cabinet conseil Carbone 4 – spécialisé dans la stratégie bas-carbone et dans l’adaptation au changement climatique – des ONG en ont fait « Notre affaire pour tous », qui s’annonce être l’affaire du siècle. Cette analyse, basée sur les chiffres de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), dévoile que la France a émis, en 77 jours seulement, l’intégralité des gaz à effet de serre qu’elle aurait dû émettre en une année entière pour respecter son objectif de neutralité carbone. La pandémie de Covid-19 a naturellement eu un impact sur le comportement de la société et celui des entreprises en faisant peut-être parfois reculer des initiatives. Dans le même temps, couvre-feux et confinements ont ralenti les émissions de GES.

Quand le réchauffement climatique jette un froid !

Le gouvernement français embraye donc 2021 avec une pénalité de 34 ans, un carton rouge difficile à digérer qui vient en plus s’ajouter aux tristes décennies d’abus industriels qui ont déjà sévi. Comme si le progrès nous faisait régresser. Comme si l’Homme ne pouvait plus ralentir sa cadence infernale sans se poser cinq minutes pour réfléchir. Après l’inconscience, l’heure est aux délibérations. En février, l’État a été jugé responsable de manquements dans la lutte contre le réchauffement climatique, une décision historique. Les juges du tribunal administratif de Paris ne se sont pas montrés tolérants vis-à-vis de l’État et ont conclu ainsi : « À hauteur des engagements qu’il avait pris et qu’il n’a pas respecté dans le cadre du premier budget carbone, l’État doit être regardé comme responsable (…) d’une partie du préjudice écologique constaté ». Cette position ferme suit la ligne de conduite du Conseil d’État qui avait déjà pointé du doigt, en novembre 2020, l’échec de la France à tenir ses propres engagements pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, objectif stipulé dans la « Stratégie Nationale Bas Carbone ». Pour dénoncer cette irresponsabilité, quatre ONG se sont ralliées sous un drapeau commun, « L’affaire du siècle » : Notre Affaire à tous, Greenpeace France, la Fondation Nicolas Hulot et Oxfam France. Leur action en justice a été soutenue par une pétition signée par plus de 2,3 millions de citoyens, révoltés eux-aussi par l’inaction de certains politiques.

La Belgique : peut mieux faire, mais c’est prévu !

Un article dans Le Monde, publié le 16 mars 2021, dévoile une manifestation d’une ONG Pro-climat qui a fédéré 60.000 citoyens belges révoltés par l’inaction des autorités du pays en termes de lutte contre le changement climatique.

Après son échec de n’être pas parvenu à atteindre, au plus tard en 2020, une baisse de de son volume global d’émissions de « 40% ou tout le moins 25% » par rapport au niveau de 1990, l’association réclame, sous peine d’astreinte, que « les mesures nécessaires » soient prises afin que le pays s’aligne avec les objectifs européens qui visent une baisse nette des émissions d’au moins 55% d’ici 2030 pour un objectif de neutralité carbone en 2050. Ainsi, le gouvernement fédéral, celui de la Flandres, de la Wallonie et de Bruxelles ont-ils été cités à comparaître pour manquement de politique climatique.

Un million d’euros pour chaque mois de retard devrait les motiver. En attendant des actions concrètes, cette actualité nous permet en tous les cas de constater que les lois commencent à s’appliquer jusqu’aux plus hautes sphères de la société.

Une lueur d’espoir et de belles intentions : un rapport prospectif analysant les scénarios compatibles ou non avec l’objectif de la Belgique d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Ce rapport estime qu’ « atteindre la neutralité climatique en Belgique d’ici 2050 est techniquement réalisable, même si cette transition représente un grand défi dans tous les secteurs et nécessite des changements systémiques, tant comportementaux que technologiques ».

Cinq scénarios sont possibles :

  • un scénario de référence sur la base des politiques existantes ;
  • un scénario « comportemental mettant l’accent sur des changements de mode de vie » ;
  • un scénario « technologique » privilégiant le déploiement des technologies bas carbone ;
  • un scénario central dit « CORE 95 » reposant sur « une approche équilibrée entre les dimensions comportementale et technologique » et permettant de réduire de près de 95% les émissions belges de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à 1990 (les émissions résiduelles étant « compensées » pour atteindre la neutralité carbone) ;
  • un scénario « de demande élevée, explorant les implications d’une trajectoire caractérisée par une demande d’énergie plus élevée que les scénarios précédents ».
La Suisse, un bel exemple à suivre en termes de politique écologique !
@lukasbieri – pixabay.com

Le modèle Suisse : lentement, mais sûrement !

Le gouvernement suisse a imposé – ou du moins fortement suggéré – des solutions vertes à ses citoyens. Bien que plus coûteuses pour eux, ces alternatives aux énergies fossiles ont rencontré un succès inattendu. C’est ce que nous apprend Myriam Maestroni dans son article « Énergies renouvelables : l’expérience suisse qui donne à réfléchir ». Elle est la Présidente de la Fondation E5t (Energie, Efficacité Energétique, Economie d’Energie et Territoires). Elle s’est appuyée sur une étude parue dans le Journal « Nature Human Behaviours » qui analyse le comportement et le choix majoritaire – et volontaire – des consommateurs suisses en faveur d’une offre d’électricité 100% renouvelable. Cette étude a impliqué deux fournisseurs d’énergie locaux approvisionnant un portefeuille de 234.000 foyers et 9.000 entreprises situés dans des zones urbaines et rurales. L’option « verte » a été cochée « par défaut ». Elle laissait néanmoins la liberté au consommateur de s’y opposer et de rester fidèle à une énergie traditionnelle, et donc forte émettrice de dioxyde de carbone. En Suisse, le surcoût d’une énergie verte fait pourtant grimper de 3 à 8% la facture par rapport à une énergie fossile, qu’on appellera très vite, nous l’espérons tous, l’énergie d’avant. La réputation de pays neutre qu’assume très bien la Suisse depuis toujours semble lui coller à la peau. Avec ce virage habile en Transition énergétique, elle fait peau neuve est prépare peut-être un objectif plus grand encore : pourquoi pas la neutralité carbone ?

Crédit photo couverture : @michasager – pixabay.com

Vous aimerez aussi

Project Vesta : du sable vert pour inverser le réchauffement climatique

Project Vesta est une organisation non-gouvernementale américaine fondée en 2019 par son PDG Tom Green. L’ONG développe depuis deux ans un projet de séquestration de carbone d’un nouveau genre qui repose sur l’utilisation de l’olivine en milieu marin. Ce minéral possède un fort potentiel de séquestration de CO2 lorsqu’il est au contact de l’eau. Grâce à l’accélération du processus naturel d’altération de l’olivine, Project Vesta espère avoir trouvé une solution radicale et pérenne à même de capturer et d’emprisonner de manière définitive de grandes quantités de CO2 atmosphérique au fond des océans. L’ambition de l’ONG est clairement définie : réussir à terme à capturer l’ensemble des émissions annuelles de dioxyde de carbone d’origine anthropique.

La première usine de captation de CO2 dans l'air lancée en Islande

Née de la collaboration entre la startup suisse Climeworks et le projet islandais de séquestration de carbone Carbfix, la plus grande centrale de captation de carbone a été mise en service le 8 septembre dernier à côté de Reykjavik. L’usine Orca pourrait aspirer 4000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère par an, qui seront ensuite stockés en souterrain. Un objectif annuel qui ne représente qu’une partie infinitésimale des émissions de carbone mondiales.

Contribuer par le fruit de son travail : une autre solution pour agir !

Si les dirigeants de Braincube avaient depuis longtemps conscience des efforts à faire en matière de réduction de leurs propres émissions carbone (notamment pour les déplacements en voiture et en avion), ils restent imbattables pour réduire les émissions de co2 et le gaspillage chez leurs clients, puisque c’est justement le point fort de leur solution. Elle permet en effet à ces derniers de faire d’importantes économies d’énergie, de matières et de composants, d’optimiser la vitesse des machines, de réduire les défauts de fabrication et donc de réduire considérablement leurs déchets.