Crédit carbone, compensation carbone volontaire, compensation carbone obligatoire…tous ces termes assez proches les uns des autres peuvent prêter à confusion. Evidemment ils désignent des notions différentes, il est donc important de bien les distinguer pour en comprendre tous les rouages.

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La compensation carbone volontaire, un marché. Le crédit carbone, sa monnaie.

La compensation carbone volontaire consiste à financer un projet de captation ou de séquestration de gaz à effet de serre (GES), afin de contrebalancer ses propres émissions de GES incompressibles. Afin que ce mécanisme puisse fonctionner, il est devenu indispensable de définir un lieu théorique où se rencontrent projets de compensation (offre) et investisseurs (demande). Le marché de la compensation carbone volontaire, s’inspire du système d’échange de quotas d’émissions européen (SEQE-UE). Établi en 2005, ce système ne compense que les émissions de grandes entreprises européennes soumises à des objectifs de réduction issus du protocole de Kyoto (Le prix d’une tonne de CO2). Parallèlement au marché carbone réglementé, le marché carbone volontaire s’est développé des suites d’une prise de conscience croissante vis à vis de la nocivité des GES pour notre planète. En opposition au SEQE-UE, il inclut particuliers, associations, collectivités et entreprises de toutes tailles. Ses acteurs n’ont aucune obligation en matière de réduction d’émissions de CO2. Le terme « volontaire » prend alors ici tout son sens. D’après l’INFCC (INFo Compensation Carbone), « Les entreprises sont de loin les premières utilisatrices de la compensation carbone en France. ». En 2020, elles ont acheté sur le marché plus de 9 980 000 crédits. Cela revient à 91% des certificats vendus. Fin 2016, 178 entreprises françaises de toutes tailles confondues étaient enregistrées sur ce marché. Parmi elles, figurent 46 PME et TPE. Pour ces petites et moyennes structures, cette compensation volontaire est une belle opportunité de tendre vers la neutralité carbone, encore faut-il que cette démarche s’inscrive dans une vraie démarche de contribution : Evaluer / Réduire / Compenser ses émissions de GES.

Chaque projet a pour principal objectif d’apporter sa contribution anticipée au développement durable. Afin de quantifier son contrecoup environnemental, on parlera alors de tonnes de CO2 équivalentes neutralisées. Pour chaque tonne de CO2eq évitée ou séquestrée, un crédit carbone est alors attribué. Il existe deux types de crédit carbone : les crédits correspondant à des émissions qui vont être évitées et les crédits correspondant à des économies qui ont déjà été réalisées. A l’instar du quotas carbone pour le SEQE-UE, le crédit carbone est l’unité ou plutôt la monnaie d’échange qui circule sur ce marché. Il devient la propriété du financeur et peut lui servir dans le cadre de sa stratégie climatique.1

Pour résumer, la compensation carbone volontaire représente un marché dans lequel s’échangent et s’achètent des crédits carbone. Un crédit correspond en tout et pour tout à une tonne de CO2 équivalente qui n’est pas rejetée dans l’atmosphère. De nombreux facteurs font fluctuer le prix d’un crédit carbone, et varier la valeur pécuniaire d’un projet de captation ou de séquestration de GES.

Comment est calculée la valeur d’un crédit carbone ?

Le prix d’un crédit carbone est calculé de façon bien précise. Selon la méthodologie de Fairtrade International, il s’obtient par une division. Au numérateur (partie haute de la division) on retrouve les coûts (projets et certification) auxquels on additionne les investissements et on soustrait les revenus. Au dénominateur (partie basse de la division) figure les tonnes de gaz à effet de serre évitées ou séquestrées par le projet. Cette équation représente ainsi le prix minimum d’un crédit. C’est-à-dire le prix sans marge attribué à un crédit carbone.

Méthode de calcul du prix (sans marge) d’un crédit carbone selon la Fairtrade Carbon Credits price methodology de Fairtraide International

A travers cette méthode de calcul, plusieurs paramètres peuvent influencer le prix d’un crédit. Parmi ces facteurs, figurent notamment le type d’activité sur lequel se porte le projet. Aujourd’hui en France, le prix d’un crédit carbone varie entre 1 et 70€. Plus de la moitié des crédits vendus sur le marché proviennent de projets domestiques actant pour la reforestation et/ou conservation des forêts. En moyenne, ces crédits se revendent à 5,38€. Pour un projet d’agriculture et d’agroforesterie, le prix moyen de la tonne augmente, et passe à plus de 27€.3 Il est important de rappeler que chaque projet est unique et correspond à une réalité de terrain différente. Souvent mis en œuvre dans les pays en développement, ces projets peuvent aussi être implémentés dans les pays développés. Ainsi, la position géographique d’un projet est un facteur supplémentaire qui influe sur le prix d’un crédit carbone.

Le choix de la certification peut aussi déterminer la valeur finale d’un crédit. Plus le type de vérification respecte les exigences plus le prix d’un crédit carbone augmentera. Au delà de la classe de certification choisie, les audits de vérification constituent également une part importante du budget accordé au projet. Selon l’ampleur du projet, la vérification des émissions par un auditeur accrédité ne se chiffrera pas de la même manière.

Toutes ces variables favorisent la diversité de projets plus ou moins efficaces en terme de compensation carbone. À ce jour, plus de 300 millions de tonnes de CO2 ont été compensées grâce au marché d’échange volontaire. Cela ne représente pas même 1% des émissions de GES liées à l’activité humaine en 2019. Il devient donc fondamental de ne plus chercher à se procurer les crédits carbone les moins chers, mais de choisir les projets les plus efficaces en terme de tonnes de CO2 équivalente évitées. 4

Sources :